Bonnes vacances à toutes et à tous


C'est bien connu. A mesure qu'on vieillit, l'enfance se rapproche. Cela présente quelques inconvénients. Mais aussi un certain nombre d'avantages. Notamment celui de pouvoir goûter à nouveau au plaisir des "grandes vacances". Rappelez-vous... Merci à tous ceux qui ont eu la faiblesse de trouver ici quelque intérêt. Rendez-vous en septembre. Peut-être...

PS. Dans le cadre de la discussion en cours à l'Assemblée nationale sur le projet de loi relatif à la consommation, un amendement vient d'être adopté, destiné à imposer plus de transparence dans les contrats de complémentaire santé. Institutions de prévoyance, assureurs et mutuelles devront désormais délivrer "une expression simple et normalisée de la prise en charge, chiffrée en euros, pour les frais de soins parmi les plus courants ou parmi ceux générant les plus forts reste à charge pour les assurés". Le "Billet" ci-dessous n'y est évidemment pour rien... C'est quand même ce qui s'appelle "surfer sur l'actualité" !

Complémentaires Santé. Demandez le tarif et... bonne chance !


Mardi 25 juin 2013

Bien le bonjour. Vous je sais pas, mais moi ça n'arrête pas. Pas une semaine sans un courriel m'enjoignant de faire des économies sur ma complémentaire santé, d'arrêter de payer trop cher et de comparer vite avant la reconduction imminente (?) de mon contrat, pour composer (enfin !) une assurance santé qui me ressemble. Je ne sais pas comment ils ont su que j'étais aussi con. Quelqu'un leur aura dit ce que je faisais avant... Mais enfin, ils ont raison, ça coûte la peau des fesses. Il est temps de changer.

Comment résister à ces propositions plus alléchantes l'une que l'autre ? Entre 5 et 12 euros, avec la palme  pour cette proposition : "Votre mutuelle à 1 euro" ! Quand on pense à tous ceux qui se plaignent d'un budget grevé par les dépenses de santé, au point de devoir, trop souvent, renoncer aux soins... Mais faut-il être bête !

Bon d'accord, ils vous disent que c'est "à partir de...". Mais ça vaut quand même le coup d'aller voir de plus près, on ne sait jamais. Alors, vous allez sur internet (comme dit la Sécu quand elle ferme ses accueils). Et là, l'embarras du choix vous donne le tournis, entre des dizaines de sites du genre mutuelle-comparateur ou comparateur-mutuelle. Rien de plus simple, quelques clics suffisent, qu'ils disent, pour choisir entre plusieurs centaines de formules, jusqu'à 800 (!) avec lecomparateurassurance.com. Oui, peu de clics suffisent... pour vous décourager. Faites l'essai, vous verrez.



          
         
                  Si vraiment vous voulez comparer sur internet, allez donc voir ici
                                                                Un exemple de comparaison
                                        lemonde.fr 3 octobre 2012

A tout prendre, on peut signaler la création, à la fin de l'an dernier, d'un nouveau site comparateur de mutuelles. mutuelle.fr. Une sobriété de bon aloi qui vous donne confiance. Ce n'est que le 85è du genre, allez-vous me dire. Alors à quoi bon, entends-je d'ici votre interrogation désabusée, dans une sceptique moue. Mais il n'est pas vraiment tout à fait comme les autres.

Il ne vous fait pas croire que vous allez trouver mutuelle à votre pied pour 3 francs six sous. Il ne vous extorque pas votre adresse mail et votre téléphone, vous évitant ainsi d'être ensuite assailli de courriels, d'appels et de relances. Il vous permet de définir dans le détail le niveau de couverture que vous souhaitez, poste de dépenses par poste de dépenses. Il donne des réponses exprimées en bons euros sonnants et trébuchants et pas en % de la base de remboursement Sécu. Enfin, il ne mélange pas les torchons et les serviettes et ne vous présente que des offres émanant de complémentaires santé régies par le code de la Mutualité. Ce qui ne déplaira pas à la plupart d'entre vous, amies lectrices, amis lecteurs, dont je connais les convictions.

Initialement créé par six mutuelles, il en fédère aujourd'hui neuf : GRM, Identités Mutuelle, Mutualia, Mutuelle bleue, Myriade, Miltis, Radiance, MCDef, France Mutuelle... Ce n'est pas le bout du bout mais ce n'est qu'un début. Et puis, ça n'empêche pas d'aller faire un tour sur le site d'autres mutuelles, à commencer par celui de l'excellente mcd, présidée par un ami très cher, avec lequel je ne veux pas me fâcher. Les autres me pardonneront de ne pas les citer.

C'est en tout cas assez pour se faire une idée et constater qu'il vaut mieux, en effet, réfléchir à deux fois... Dans l'exemple ci-contre, je me suis présenté comme un homme de 50 ans, vivant seul (juste pour qu'on ne me reconnaisse pas), et désireux d'obtenir la meilleure couverture, notamment en optique et dentaire, bien entendu. Le résultat se passe de commentaires, n'est-ce pas ?

           
Un besoin de transparence et de lisibilité

Déjà, en octobre 2010, l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (UNOCAM) publiait une Déclaration commune "portant engagement de bonnes pratiques sur la lisibilité des garanties de complémentaire santé". Où ils se reconnaissent "le devoir d'assumer une information claire, sincère et aussi exhaustive que possible à l'égard de leurs adhérents et assurés". Il reste un long chemin. La route est droite, mais la pente est forte, comme disait celui que Le Canard enchaîné appelle le ""Phénix du Haut-Poitou". Mais l'exigence croît à mesure que la "complémentaire santé" prend une place grandissante dans la couverture santé des Français, à mesure de sa généralisation et du désengagement parallèle de l'Assurance maladie obligatoire.

En même temps que se prépare la généralisation de la couverture complémentaire des frais de santé pour l'ensemble des salariés, le Gouvernement est à l'oeuvre pour réaliser l'une des promesses de campagne de notre Président : étendre cette couverture à l'ensemble des citoyens. Une mission en ce sens a été confiée, par lettre du 18 mars 2013, à Annick Morel, présidente du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM). Lettre co-signée par Marisol Touraine et...Jérôme Cahuzac. Avec une remise de conclusions attendue pour bientôt.

En tout cas, comme le dit le CISS (Collectif Interassociatif Sur la Santé) dans une lettre ouverte du 13 novembre 2012 adressée à la même Marisol et à...Moscovici, "la multiplicité des contrats... et la concurrence à laquelle se livrent les opérateurs privés débouche sur un nivellement par le bas des garanties proposées et des rapports qualité/prix peu attractifs... Il devient indispensable d'intervenir sur ce marché afin de permettre l'accès de tous à un contrat-type comprenant un socle minimum obligatoire de prestations garanties à titre complémentaire... Un contrat socle comportant des règles opposables aux organismes complémentaires d'assurance maladie et offrant un niveau de garanties standardisées en regard d'un prix donné". Bref, de quoi, au moins, y retrouver ses petits, à défaut d'y trouver le bonheur...

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                                                            leciss.org 15 novembre 2012

Médecins : Faire payer les rendez-vous annulés. L'indécence , ça se soigne ?


Mardi 18 juin 2013



Bien le bonjour. Le sujet n'est pas vraiment nouveau, mais il ressurgit régulièrement. A chaque fois que les médecins nous font un p'tit coup de blues et que les médias ne trouvent rien de mieux. C'est vrai qu'en ce moment l'actualité est pauvre en événements marquants. Calme plat en Syrie, RAS en Turquie, tout va bien au Mali... En France, c'est encore pire. Le pouvoir d'achat qui augmente, la pauvreté qui recule. Pas d'inquiétude sur les retraites, l'accès aux soins facile. Une Extrême-Droite en perte de vitesse, une Gauche unie qui parle d'une même voix. Non vraiment, rien à se mettre sous la dent. Sauf, peut-être, l'affaire Zahia-Ribéry-Benzéma, les turpitudes de Guéant, l'entourloupe de Tapie, la lettre de Lagarde, les 70 ans de Johnny, la grossesse de Son Altesse Royale la Duchesse de Cambridge et l'accouchement de Kardashian (Kim, pour les intimes).

Alors oui, ça c'est une bonne idée, il fallait y penser : "Consultations annulées, patients à l'amende". De quoi intéresser le bon peuple de France, qui commençait à s'ennuyer. Ah ces goujats de patients, surtout les plus minables, des "assistés", ceux de la CMU, qui font perdre un précieux temps et du bon argent à nos braves médecins ! Qui se plaignent d'être ainsi empêchés de soigner des cas graves et même, nous dit l'un d'eux, de prendre en charge des enfants malades. Il était plus que temps de mettre les pieds dans le plat et fin à ce scandale.

Sauf que tout cela repose sur une pitoyable manipulation. Une "enquête" régionale aux résultats pas représentatifs et une extrapolation nationale délirante, donnant lieu à une exploitation syndicale extravagante. Un scoop qui fait pschitt ! Mais qui met en lumière une certaine conception de la médecine qui risque de ne pas améliorer l'image de médecins qui se disent pourtant en perte de "prestige" et en quête de "respectabilité".









aujourd-hui-en-france-13-juin-2013.pdf
Résultats régionaux pas représentatifs, extrapolation nationale délirante. Un scoop qui fait pschitt !

Adressé à l'ensemble des médecins libéraux de la Région, le questionnaire de l'URPS porte sur les constats opérés pendant une seule semaine. Le taux de réponse est de 17,3 % (24 % chez les spécialistes, 10,8 % chez les généralistes). Un taux qui ne confère pas aux résultats une grande crédibilité. Pourtant, les auteurs ne se mouchent pas du pied, qui annoncent fièrement que "l'analyse statistique a été réalisée avec le logiciel SAS® V9.2 (SAS Institute; North Carolina, United States)".... Fichtre ! Mais pas suffisant pour nous impressionner... Nul besoin d'être expert en statistiques, un peu de bon sens devrait suffire pour constater que les "répondants" ne constituent en rien un "échantillon représentatif" permettant de tirer des conclusions générales, définitives et péremptoires. Comme toujours dans ces cas-là, ne répondent que ceux qui se sentent particulièrement concernés.  La preuve : les "répondants" sont moins de 10 % à ne déclarer aucun rendez-vous annulé... Si cette "étude" est franc-comtoise", le bilan qu'on en tire n'est pas franc du collier.

Et encore moins quand on les extrapole au Pays tout entier. C'est pourtant ce que n'a pas hésité à faire Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui y consacre sa Une et deux pleines pages dans ses éditions du 13 juin 2013. Suivez bien le raisonnement : Rien qu'en Franche-Comté, 500 000 (?) rendez-vous annulés par an... Les médecins franc-comtois représentant en gros 1,8 % des médecins  exerçant en France métropolitaine, le calcul est simple : (500 000/1,8) X 100 = 27 777 777 ... Pour faire bonne mesure, on peut arrondir à 28 000 000 et même plus encore : "Plus de 28 millions de rendez-vous médicaux par an ne sont ni honorés ni décommandés" !

Comment a-t-on obtenu le chiffre de 500 000 en Franche-Comté ? En multipliant la moyenne des six consultations "manquées", selon 17 % des médecins, par le nombre total des médecins installés, comme s'ils étaient tous, à 100 %, "victimes" de six annulations par semaine... Et, lorsqu'on généralise à l'ensemble du territoire national, cela veut dire qu'on applique à 100 % des médecins libéraux français les constats qui auraient été faits par 0,20 % d'entre eux.

Et vous avez bien lu : "ni honorés, ni décommandés"... Si les journalistes avaient pris la peine de lire le Rapport, et déjà son titre : "Rendez-vous non honorés", ils y auraient vu que la moitié de ceux-ci ont en fait été dûment décommandés, le jour même ou avant, la maladie ou l'impossibilité de se déplacer étant le plus souvent invoquées comme motif. Alors, que reste-t-il de ce "scoop" à la mords-moi le noeud ? Ce qui s'appelle faire pschitt !... Comme "foutage de gueule", avouez que c'est fortiche ! Pour ce qui est de nous prendre pour des cons, on a rarement fait mieux. On a beau avoir l'habitude, on a du mal à s'y faire...


RAPPORT URPS FRANCHE-COMTE.pdf
Une exploitation syndicale extravagante

La CSMF n'avait pas attendu la Franche-Comté pour enfourcher le dada. Vous vous souvenez peut-être qu'en 2010 elle avait "boycotté" la Conférence nationale de Santé (CNS), au motif que le président d'icelle aurait tenu "des propos antilibéraux et diffamatoires sur les médecins". C'est qu'avec ces gens-là, Monsieur, on est vite dans la "diffamation". Il suffit d'oser en dire un peu de mal, parmi tout le bien qu'on en pense par ailleurs. Si ça se trouve, je suis ici dans ce cas-là, ça m'est déjà arrivé... Bref, dans la foulée, la Confédération a pondu ce communiqué du 15 juin 2010 où elle rappelle avoir proposé, dès 2006, un "pacte social" reposant sur sept points, dont le 5è traitait de la lutte contre les rendez-vous non honorés, susceptibles d'entraîner la facturation d'une consultation à la Caisse...

Le président de la Confédération, ce bon Dr Michel Chassang, est donc remonté en selle et on le voit ici sur iTélé, le jour même de la sortie du Parisien. Avec, quelques temps après, ce Communiqué du 14 juin : "Se saisissant de l'étude réalisée par l'URPS de Franche-Comté, la CSMF a lancé une campagne médiatique pour dénoncer le phénomène des rendez-vous non honorés par les patients. Les chiffres sont sans appel : 530 000 consultations ne sont pas honorées chaque année en Franche-Comté, ce qui, rapporté à la France entière, représenterait quelque 28 millions de consultations auxquelles les patients ne viendraient pas, et cela sans prévenir leur médecin, alors que ces rendez-vous auraient pu être redonnés à d'autres patients. La CSMF a proposé que les consultations annulées sans prévenir soient des consultations payées..."

Les 500 000 du Parisien sont devenus 530 000... "Des chiffres sans appel" ! Mais pourquoi se gêner ?  A ce niveau d'extravagance, on peut faire des chiffres ce que l'on veut. Tant qu'il y a des gogos pour les gober tout crus.






Même dans cette belle et paisible Région des Pays de la Loire...

Naturellement, TF1 n'a pas raté le coche, ça peut doper l'audience. Et vous verrez dans cet extrait que le journaliste reprend et assène, sans nuance ni précaution, les chiffres annoncés par Le Parisien, y compris ceux qui indiquent que le phénomène représenterait l'équivalent de 8 433 médecins travaillant pour rien, avec un "manque à gagner" annuel de 742 millions d'euros pour ces pauvres toubibs. On va finir par croire que la "déontologie" n'est plus ce qu'elle était, ou n'a jamais été ce qu'elle aurait dû être. Même chez les journalistes. On n'a pas trace qu'un seul d'entre eux se soit interrogé sur la représentativité de l'étude franc-comtoise ni la pertinence des extrapolations opérées.

Mais ce reportage de TF1 m'a quand même réjoui. On n'a pas tous les jours onze ans de moins ! Veuillez me pardonner cet instant d'émotion personnelle, chacun a ses faiblesses. Figurez-vous que, comme par hasard, il a été tourné en Pays de la Loire. On y voit et entend deux médecins généralistes, installés respectivement à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique) pour l'un et à Mayenne (Mayenne) pour l'autre. Pour les avoir connus, je veux juste les saluer, me rappeler à leur meilleur souvenir, au nom des grands moments qu'on a vécus ensemble. Je m'autorise à en parler, ils ne m'en voudront pas. On ne passe pas sans risques sur TF1, je sais de quoi je parle.


De vieilles connaissances...


Cela remonte à 2002, du temps exaltant de la fronde ouverte par les médecins généralistes, avec ce slogan chic et choc : "Ma santé j'y tiens ! La C à 20 euros, parce que je le vaux bien.". Et quelques gracieusetés adressées au directeur de la CPAM de Nantes,  du genre "râclure de chiottes, incarnation de la connerie humaine" parmi les moins obscènes des déjections déversées sur le forum de la "Coordination des médecins en colère". Peut-être ont-ils oublié, moi pas. Le second nommé avait déjà des responsabilités syndicales et le premier faisait partie des trois médecins menacés de sanction pour tarif illicite. On les reconnaît à leur nez rouge et à leur bonnet d'âne sur la photo ci-dessous. Ah, nostalgie, quand tu nous tiens. Bon Dieu qu'ils étaient beaux ! L'un des deux autres "clowns" (le dernier à droite...) accéda, peu de temps après, à la présidence du Conseil départemental de l'Ordre des médecins de Loire-Atlantique, qu'il occupe toujours.

Lisez, dans le Bulletin de mars 2013, cet éditorial intitulé : "Entre le marteau et l'enclume : le médecin", avec ce passage savoureux : "Pour finir dans un feu d'artifice, n'oublions pas cette trouvaille géniale de faire déclarer les dons de l'industrie pharmaceutique dès le 1er Euro sur un site internet accessible à tous en ligne. Quand on connaît le goût immodéré de nos compatriotes pour la délation et la vision de ce qu'il y a dans l'assiette du voisin, nous pouvons déjà nous réjouir du festival à venir"..... Allumer le feu. Je veux la foudre et l'éclair. L'odeur de poudre, le tonnerre... Ah que !... Sacré Jean-Louis, va ! Un vrai coeur de rocker.

Une conception vénale de la médecine ?

On le voit, on le sait. Les problèmes des médecins libéraux ne datent pas d'aujourd'hui et ne seront pas résolus demain. Ils sont aussi vieux que la médecine libérale et dureront ce qu'elle durera. A se demander si l'appellation même n'est pas un oxymore. Comme cette "obscure clarté qui tombe des étoiles"... Des problèmes évocateurs d' une forme de rapport quelque peu morbide avec l'argent.

Des problèmes déjà cristallisés dans la "Charte médicale" de 1929, du temps de la première loi sur les Assurances sociales, que les médecins combattirent farouchement, au nom de leur liberté et, notamment, celle des tarifs. Des problèmes qu'on retrouve tout au long de l'histoire tourmentée des relations entre les syndicats médicaux et la Sécurité sociale.

Il est quand même extraordinaire d'observer que, devant cette question des "rendez-vous annulés", la réponse des médecins et de leurs représentants soit d'infliger une sanction financière ! Une sorte d'amende dont ils doivent bien savoir qu'elle serait non seulement immorale mais aussi totalement illégale. Seraient-ils tellement au-dessus des lois qu'ils pourraient ainsi se "faire justice" eux-mêmes ? Comme s'ils voulaient ignorer, de surcroît, l'article 53 du Code de déontologie médicale : "Les honoraires du médecin... ne peuvent être réclamés qu'à l'occasion d'actes réellement effectués..."
                                                Presse-Océan 28 mars 2002. Cliquer sur l'image
Médecins, mes amis, prenez garde !

Admettons même que ces rendez-vous annulés posent un réel problème. Ce ne serait pas suffisant pour admettre qu'il n'y aurait pas de meilleure réponse que la sanction financière. Que les médecins prennent garde, lorsqu'ils comparent la chose avec la réservation d'un billet d'avion, comme le font les pourtant excellents Docteurs Chassang et Duquesnel. Car il est alors facile de retourner l'argument contre eux. Va-t-on leur réclamer de rembourser la consultation lorsqu'elle n'a pas produit les effets escomptés ? Et les médicaments prescrits, lorsqu'ils n'ont rien donné ? Et les faire casquer lorsqu'ils sont eux-mêmes indisponibles ?

Dans le Parisien, le Dr Chassang explique la situation par "une incivilité grandissante et une perte de prestige des professions de santé". Certes. On peut le reconnaître et déplorer l'une et l'autre. Mais l'incivilité ne se règle pas par l'amende, ni la "perte de prestige" par des comportements et des revendications qui ne sont pas de nature à y remédier. Si l'image des médecins n'est pas au plus haut dans l'opinion publique, peut-être devraient-ils se demander s'ils n'y sont pas pour quelque chose. Et méditer quelques articles de leur Code de déontologie : La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce... Le médecin doit, en toutes circonstances, respecter les principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l'exercice de la médecine... Tout médecin doit s'abstenir de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci..."  Je me tue à répéter que c'est le cas de l'immense majorité des médecins. Mais il en faut si peu pour nuire à leur réputation. Tant est grand le respect qu'on leur accorde encore et que beaucoup méritent...

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                                                        CharenteLibre.fr 12 octobre 2012

Pas encore "malade mental" ? C'est en cours, on s'en occupe...

Mercredi 12 juin 2013


"Wie Gott in Frankreich leben". Heureux comme Dieu en France... Cette vieille maxime allemande est bien antérieure aux années de  l'Occupation. D'autant qu'elle serait d'origine yiddish, c'est dire !... On le sait depuis Clovis, la France est la Fille aînée de l'Eglise, comme le rappelait le Bienheureux Jean-Paul II dans son homélie du Bourget, le 1er juin 1980. Pas étonnant que Dieu s'y trouve bien ! Il n'y a pas que Lui... Selon un récent sondage, 81 % des Français se disent "plutôt heureux" et près de 90 % d'entre eux estiment qu'on y vit mieux que dans les autres pays du monde. C'est qu'ils ne connaissent pas l'indice de référence du bonheur utilisé en Corée du Nord, qui classe ce beau pays au deuxième rang des plus heureux du monde, juste après... la Chine. Sans doute manque-t-il à la France un "Dirigeant bien-aimé" (친애한 지도자) pour que le bonheur y soit total. Le Meilleur des Mondes, en somme.

J'en parlais l'autre jour avec Kim Jong-Un (김정은). Et le "Grand Successeur" (훌륭한 후계자) m'a ouvert les yeux : Les  Français se croient heureux, mais ce n'est qu'une illusion. Pour oublier leur malheur, ils se bourrent de psychotropes, toutes sortes de pilules appelées du "bonheur". Et là vous voyez bien ce qu'ils appellent là-bas un "Phare de la Pensée" (생각의 등 대). Bienheureux Coréens du Nord ! Pauvres Français ! Bon d'accord, réflexion faite, c'est sans doute plus compliqué. Laissons ce sinistre nabot à ses délires paranoïaques et son pauvre peuple à son pitoyable asservissement. Examinons de plus près cette redoutable question de la "médicalisation psychiatrique" de nos sociétés "civilisées" en quête de bonheur.



            planet.fr 5 juin 2013
                              Marianne 3 juin 2011
Hypnotiques et anxiolytiques, c'est automatique ?

Même si, depuis quelques années, l'on observe une relative stagnation du "marché", la France demeure parmi les champions d'Europe et du monde de la consommation de médicaments. 3 000 substances actives différentes, 10 500 spécialités, 14 600 présentations, un chiffre d'affaires de 21,7 milliards d'euros dans les officines et 5,9 milliards à l'hôpital. Une consommation moyenne de 48 boîtes de médicaments par citoyen, pas loin d'une par semaine... Rien que ces chiffres vous rendent malades.

Gardez votre Lexomil à portée de main, vous en aurez besoin... Surtout si vous lisez le rapport d'octobre 2012 de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : Analyse des ventes de médicaments en France. Parmi les trente substances actives les plus utilisées par nombre d'unités vendues figurent trois produits psychotiques. Deux hypnotiques respectivement en 12è et 20è positions, le zolpidem et le zopiclone. Et un anxiolytique classé 16è, l'alprazolam. Et, avec les seules vingt premières substances, on atteint déjà 32 % de la consommation totale, toutes catégories confondues... Si vous prenez maintenant les trente groupes génériques les plus utilisés, vous trouvez en 2è position (juste après l'amoxicilline)  le zolpidem, avec 101,6 millions de boîtes. L'alprazolam en 6è (47,3 millions), le zopiclone en 9è (37,7 millions), la paroxétine (un antidépresseur) en 10è : 35,3 millions et le bromazépam (un anxiolytique) : 17,2 millions.

Pour vous achever tout à fait, lisez maintenant ce bouquin de Guy Hugnet, journaliste indépendant, paru en novembre 2012, ou  contentez-vous du compte-rendu qu'en ont fait le Huffington Post et Le Progrès. Vous y trouverez ce que tous les rapports officiels ne cessent de souligner : moins de la moitié de la totalité des prescriptions de psychotropes serait justifiée et le reste distribué massivement à la population en dehors d'une réelle pathologie ou en l'absence de tout diagnostic sérieux...  50 % de ceux qui prennent des antidépresseurs ne seraient pas dépressifs au sens médical du terme. 
                                                                                                      huffingtonpost.fr 
                        Le Progrès.fr 6 janvier 2013
Un "symptôme culturel" ?

En août 2008, quinze médecins psychiatres lançaient un "appel" pour "en finir avec l'abus de psychotropes". Parmi les plus connus :  Gérard Apfeldorfer, Boris Cyrulnik, William Lowenstein, Marcel Rufo, David Servan-Schreiber... En précisant bien que "l'objectif n'est pas de remettre en question l'aide majeure apportée par ces molécules dans le traitement des pathologies mentales ou les situations de crise aiguë...Mais, ajoutaient-ils, il nous semble nécessaire et urgent d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur les dangers de cette sur-médicalisation du mal-être et sur l'existence d'alternatives non médicamenteuses..."

Boris Cyrulnik résumait ainsi : Le psychotrope,  c'est le pompier destiné à éteindre l'incendie mental. Or, aujourd'hui, on l'appelle pour le moindre feu de brindilles. L'utilité de ces médicaments dans certaines situations - pathologies mentales, crises d'angoisse, insomnies sévères et invalidantes, dépressions graves - n'est pas contestable. Ils ont l'immense mérite de réduire les symptômes des malades mentaux, de soulager la souffrance et l'angoisse humaine, voire de sauver des vies.

Mais tout devient prétexte à avaler des cocktails de gélules : dormir, se réveiller, être stimulé, moins angoissé, moins stressé, plus performant, plus en confiance, mieux concentré, moins fatigué, moins timide, ne pas perdre pied, ne pas dormir au volant, se désinhiber, par peur de l'échec à un examen, à cause d'un chagrin d'amour, d'une rupture, d'un deuil, du chômage, de problèmes familiaux, etc
                                                          LeJDD.fr 24 août 2008
La responsabilité des laboratoires pharmaceutiques
                                      L'Express 28 mars 1996

En vérité, tout avait déjà été dit par le grand Edouard Zarifian, psychiatre et psychothérapeute français, décédé le 20 février 2007. Son rapport de mars 1996 sur La consommation des médicaments psychotropes en France commandé par Simone Veil et Philippe Douste-Blazy, demeure une référence. C'était juste après la commercialisation du Prozac... C'est lui qui écrivait, dans Des paradis plein la tête (Odile Jacob, 1994) : "Ecoute-moi, toi mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois faible, parce que tu penses que l'avenir est sans issue et la vie sans espoir. (...) Pourtant, tu as d'authentiques paradis dans la tête, ce ne sont pas des paradis chimiques..." Un ouvrage où il dit que la souffrance psychique ne doit pas toujours être assimilée à une maladie et qui montre que les médicaments psychotropes sont devenus une recette qui risque de mettre les cerveaux sous influence. Deux ans plus tard, son Rapport ne dit pas autre chose, qui dénonce l'influence de l'industrie pharmaceutique et son rôle prédominant dans les essais cliniques et dans la formation des médecins. Lisez le résumé qu'en faisait L'Express à l'époque, notamment à propos d'études abusivement généralisées à l'ensemble de la population, dans l'intention délibérée de grossir l'importance des pathologies, pour faire croire que les Français sont plus malades qu'ils ne le sont réellement. Des études qui servent d'alibi pour justifier les consommations élevées de médicaments psychotropes. Des travaux, d'apparence scientifique, qui ne sont que des arguments de marketing destinés à favoriser la prescription de ces produits par des médecins généralistes sous influence et pas formés pour cela... C'était il y a 17 ans. Que dirait-il aujourd'hui : La même chose en pire ?...



                                                      
DSM-5 : Tous "anormaux" ou en voie de l'être ? Le "disease mongering"

Disease mongering : de l'anglo-saxon monger, quelque chose comme un fabricant ou un marchand. Comme dans l'expression "scandal monger" : mauvaise langue (autrement dit, langue de pute). DSM-5 : la 5è édition de Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders, publiée en mai dernier par the American Psychiatric Association. Bible de la psychiatrie américaine, qui recense, classifie et catégorise les critères diagnostiques des "troubles mentaux". En 1952, sa première édition comptait 60 pathologies (dont l'homosexualité, retirée en 1973...). Un nombre qui passe à 180 en 1986, 410 en 1994. Plus de 500 dans cette récente mise à jour. Dont la trichotillomanie (arrachage compulsif des poils et cheveux) et la dermatillomanie (arrachage compulsif de la peau), la syllogomanie (trouble d'accumulation compulsive). Grâce à Tiger Woods et Michael Douglas (et Dominique Strauss-Kahn plus tard...), on y trouve le trouble de l'hypersexualisation (addiction sexuelle). Comme le dit le psychiatre et psychanalyste Patrick Landman, président-fondateur du mouvement Stop-DSM, "Seules 10 % des personnes qui pénètrent dans mon cabinet soufrent de maladies mentales avérées. Si j'appliquais à la lettre les critères du DSM, ce taux serait de 100 %".

Mais le plus inquiétant se rapporte aux "troubles de la personnalité", qui visent notamment la personnalité antisociale et la personnalité "borderline". Qu'entend-on par là ? N'a-t-on pas connu des lieux et des époques, n'en connaît-on pas encore, où de tels "troubles psychiatriques" justifiaient le Goulag et autres camps de "redressement" ? Pauvres Américains ! Que diraient-ils si l'on y ajoutait l'addiction à la détention des armes à feu ?



                        bastamag.net 23 mai 2013
                LesEchos.fr 13 mai 2013
Sous "calmants" dès le berceau ?

Ce titre est celui d'une conférence donnée par Barbara Minttzes, chercheur en Santé publique au Canada, lors de la "Pilule d'Or Prescrire" de janvier 2008. Car le pire, dans tout cela, c'est le sort réservé aux enfants. Pour les psychiatres américains, un enfant irritable qui fait au moins trois grosses colères par semaine est atteint du "trouble explosif de l'humeur", justifiant, naturellement, une médication appropriée. Près de huit millions d'enfants et adolescents américains prennent des antidépresseurs ou des calmants. Et les ventes de Ritaline (méthylphénidate) explosent, un produit classé parmi les stupéfiants en France et en Belgique, surnommé Outre-Atlantique la "Kiddy Coke" (cocaïne des enfants) et destiné à calmer l'hyperactivité... Il "explose" aux Etats-Unis, mais en France aussi...

En effet, ce regard "psychiatrique" porté sur les enfants au comportement décrit comme "anormal" n'est pas réservé aux Etats-Unis. Souvenez-vous du ministre français de l'Intérieur en 2006, un certain Nicolas Sarkozy, lorsqu'il inscrivait dans son avant-projet de loi sur la prévention de la délinquance le principe d'une "détection précoce des troubles du comportement" chez le jeune enfant "pouvant conduire à la délinquance" au moment de l'adolescence. Une "idée" heureusement retoquée mais reprise, deux ans plus tard, par Frédéric Lefebvre, alors porte-parole de l'UMP, qui envisageait une dépistage dès l'âge de 3 ans ...
            Huffington Post 1er décembre 2008
Contre la médicalisation de la Société

Le moment est venu de conclure ce trop long Billet (qui aurait pu l'être davantage encore...). Trois précisions s'imposent : D'abord, chacun aura bien compris qu'il n'est pas ici question de stigmatiser en quoi que ce soit les personnes placées sous traitement par somnifère, anxiolytique ou antidépresseur, ni de leur administrer la moindre leçon. Il est évident que les problèmes soulevés se situent très au-delà des difficultés de leur cas personnel. Ensuite, il ne s'agit aucunement d'incriminer ou de condamner la psychiatrie en tant que telle, ni d'entrer dans cette querelle, qui nous dépasse largement, et oppose les différentes catégories de psychothérapeutes, les unes aux autres et parfois au sein d'elles. Enfin, cette dénonciation de certaines dérives de la psychiatrie n'a strictement rien à voir avec le "combat" mené par la "Commission des citoyens pour les droits de l'homme" (CCDH), organisme créé par l'Eglise de Scientologie, contre le principe même de la psychiatrie, décrite comme "le terrorisme d'aujourd'hui", responsable de tous les crimes perpétués à travers le monde...

Non, il s'agit juste d'apporter un modeste point de vue, sans se prendre pour Ivan Illich ni Michel Foucault, pas plus que pour Robert Castel (L'Ordre psychiatrique. L'âge d'or de l'aliénisme. Editions de Minuit. 1977), sur cette médicalisation croissante de la Société, au double profit idéologique et économique de l'Ordre établi et des firmes pharmaceutiques.

Laissons donc la conclusion à André Comte-Sponville, dans un "Billet" de L'Express du 7 décembre 1995, intitulé "Le bonheur en pilules : Faire du bien-être un absolu, c'est s'interdire de l'atteindre - sauf à le demander, en effet, à une drogue. Qui ne voit que le bonheur lui-même, loin d'être un "état de complet bien-être", est plutôt une certaine façon d'aborder joyeusement ce mal-être qu'est presque toujours -parce qu'elle est difficile, parce qu'elle est mortelle - notre vie ?".

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                        LeMonde.fr 13 mai 2013
          BFMTV.com 30 mai 2013
Chère lectrice, cher lecteur,

Je vois bien qu'il ne manque qu'un "é" devant lectrice et lecteur pour faire de cette adresse une harangue électorale. Mais je ne brigue, ni ne détiens aucun poste, aucun mandat et ne prétends à rien. Cet apparent désintéressement présente un avantage. Celui de procurer la liberté d'expression interdite à ceux auxquels leur fonction impose, plus que jamais, la langue de bois des "éléments de langage" qu'ils sont sommés d'utiliser. C'est particulièrement vrai dans l'univers de la Sécu et plus encore, si j'ai bien compris, dans celui de l'Assurance maladie.

je vous sais gré, le cas échéant, d'accorder votre attention à mes déblatérations. Et, si vous souhaitez m'encourager, sans vous engager à être toujours d'accord, merci de vous inscrire (Rubrique "Inscription" ci-dessus). Pour ne rien vous cacher, plus j'ai d'inscriptions, plus j'ai envie de continuer. C'est mon côté "humain"... J'en suis déjà à plus d'un millier, je vous préviendrai quand j'atteindrai les deux... Et cela me permettra de vous informer personnellement de la mise en ligne d'un nouveau Billet.

PS. L'application que j'utilise ne délivre pas d'accusé de réception... Pour vous désinscrire, quand vous en aurez marre, une simple demande suffira, à la Rubrique "Contact"...

La Sécu ferme ses accueils. Seul le silence est grand...

Vendredi 7 juin 2013

Bien le bonjour. A la lecture de mon dernier Billet, vous avez été plusieurs centaines (je dirais même quelques milliers, si je n'étais modeste), à regretter de me voir folâtrer avec Amélie plutôt que de vitupérer contre cette fermeture systématique de l'accueil décentralisé des Caisses primaires d'assurance maladie partout en France. Mais non, n'insistez plus. Je ne veux pas passer pour un attardé mental, obscurantiste rétrograde qui ne comprendrait pas que la "démarche client" aide à se rapprocher de ceux dont on s'éloigne.

Ou alors, quelques mots, puisque vous insistez. Pour vous demander de méditer ce que disait la CNAMTS, dans son rapport d'activité 2011, de son "maillage territorial dense" et son "accueil multicanal en développement". Ah, le maillage territorial et l'accueil multicanal !... "L'Assurance maladie renforce l'accessibilité de ses services. Pour les assurés, c'est la garantie de trouver des réponses au quotidien, où qu'ils soient et quelles que soient leurs habitudes... Pour de nombreux assurés, l'accueil physique constitue un mode de contact privilégié... Avec plus de  2 600 points d'accueil répartis sur tout le territoire, l'institution reste un service public accessible pour ses assurés"... Puis de jeter un oeil sur ce qui suit. Une démonstration en images sur la manière dont l'Assurance maladie se veut plus proche de son "public". Et faites comme moi, taisez-vous. Vous qui - sauf pour Les Années Bonheur de Sébastien sur France 2 - lisez Sénèque tous les soirs (pour s'endormir, c'est l'idéal, bien mieux que le Stilnox et bon pour la Sécu), vous savez ce que Phèdre disait à son fils Hippolyte : "Les peines légères sont éloquentes, les grandes douleurs sont muettes". Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse...





                            CNAMTS Rapport d'activité 2011
        Ma "contribution" dans Ouest-France 22 mai 2013
CPAM Nantes 28 mai 2013
        CPAM Nantes 31 mai 2013
      CPAM Nantes 3 avril 2013
        CPAM Nantes 28 mai 2013
            CPAM Bourges 17 juillet 2012
                  CPAM Val d'Oise 20 juillet 2011
            CPAM Seine-Saint-Denis 26 septembre 2011
            CPAM Doubs 30 décembre 2011
                CPAM Val dOise 22 novembre 2012
            CPAM Essonne 19 avril 2012
  CPAM Ardennes 30 mars 2012
  CPAM Haute-Garonne 25 mars 2010
        CPAM Aube 9 septembre 2011
  CPAM Yvelines 6 mars 2012
    CPAM Paris 10 novembre 2011
        CPAM Hauts-de-Seine 6 avril 2012
      CPAM Isère 7 avril 2011
                    CPAM Lille-Douai 5 juin 2011
      CPAM Val d'Oise 7 juillet 2011 
  CPAM Val de Marne 3 août 2012
    CPAM Seine-Maritime 30 septembre 2011
      CPAM Lille-Douai 16 avril 2010


PS. Merci à Bernard Dujardin, dont l'indispensable PageSécu m'a fourni de nombreux liens.

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Assurance maladie. J'ai dragué Amélie et me suis ramassé...

Mardi 4 juin 2013


Je voulais vous parler de la fermeture des accueils à Nantes et ailleurs

Bien le bonjour. J'avais prévu de vous parler de cet extravagant recul que constitue la fermeture programmée des points d'accueil et agences locales de l'Assurance maladie. Un peu partout en France et spécialement à Nantes, où l'on avait de bonnes raisons d'être fiers et les assurés satisfaits de ces "Maisons de la Sécurité sociale" inventées dans ce beau département de la Loire-Atlantique. Dont chacun sait qu'il a donné à la France un Président du Conseil (onze fois !) au début du 20è siècle et un Premier ministre au début du 21è (une seule fois...pour l'instant). Bon, je veux bien admettre que ça n'a rien à voir...

Et puis non. Après trois Billets sinistres sur le Mediator et ses malheureuses victimes, ça n'aurait pas été sympa de vous miner davantage encore un moral déjà plombé pas seulement par le temps pourri des mois qu'on a connus.

Alors, puisqu'on nous explique que ceux qui souffrent de  la fermeture des accueils n'ont qu'à se servir d'Internet, j'ai décidé d'aller faire un tour sur le site de l'Assurance maladie. Je suis tombé sur Amélie. Peut-être la connaissez-vous. Une fille vraiment canon, pas bégueule pour un sou. Sans doute un peu bornée, mais ça ne gâche rien. Laissez-moi vous narrer la suite de l'histoire...

                                                                                                  Ouest-France 27 mai 2013
        ameli.fr
Au début ça s'est mal passé avec Amélie...

Au début j'ai foiré, la prenant bille en tête. Je n'ai pas pu me retenir de lui parler de l'accueil. Manifestement, elle ne voyait pas où était le problème et j'ai senti qu'elle se braquait un peu. Encore un emmerdeur ! On avait dû lui expliquer que tout allait très bien, que c'était juste pour un meilleur service des assurés sociaux. Et que ça ne gênait que les esprits chagrins, les ennemis du progrès. J'ai changé de sujet, pour la mettre en confiance et l'amadouer un peu. Persuadé qu'elle serait contente de me parler du directeur de la Caisse et de son président. Celle de Nantes évidemment, puisque je suis nantais. Encore une mauvaise pioche ! Aux deux questions, elle m'a répondu sans barguigner : "Frédéric Van Roekeghem".

Et là je me suis dit : "T'es mal barré, Frémont" ! Et la Sécu aussi...
Il faut la déniaiser

Mais non, chère Amélie, ce von Roekeghem n'est pas le directeur de la Caisse de Nantes, ni d'aucune autre CPAM. Et encore moins le président du Conseil d'aucune Caisse que ce soit.  La prochaine fois qu'on te posera la question, tâche donc de répondre qu'à Nantes il s'agit de Jean-Paul Hélie et Dominique Thibaud. Les assurés sociaux seront heureux de l'apprendre, qui ne les connaissent pas. L'occasion pour moi de leur adresser un amical clin d'oeil. Au premier, pour avoir courageusement rempli les missions à lui confiées lors de sa nomination : 1. Mener à bien la fusion-concentration des deux CPAM de Nantes et de Saint-Nazaire, gommant plus de 60 ans de l'histoire sociale du département. 2. Programmer la disparition des Maisons de la Sécurité sociale, dont la CNAMTS avait jugé qu'elles entraînaient un "problème d'efficience... Il faut optimiser le potentiel des effectifs disponibles et regrouper le traitement des prestations au siège, pour favoriser l'industrialisation des prestations". Hommage au second également, pour avoir pu rester stoïque devant la dégénérescence de Conseils devenus des assemblées fantoches, où gesticulent de modernes Scaramouche et Pulcinella d'une dérisoire commedia dell'arte, pathétique avatar d'une démocratie sociale en lambeaux.



                Jean-Paul Hélie
          Dominique Thibaud
Et je me suis lâché...

Voilà que mon bourdon reprenait le dessus, qui peut rendre méchant. Mais le soleil aidant, je me suis ressaisi. Pas d'attaque frontale, c'est par la bande qu'il faut la jouer. Et j'ai donc repris langue avec mon Amélie. L'Estelle de Pierre Perret, la Fernande de Brassens et... Félicie aussi. Je ne suis pas Jean-Claude Duss et pas encore bronzé, mais j'ai pensé comme lui : "à mon avis, y'a une ouverture !". Je vous en laisse juges, lisez plutôt la suite...





La morale de la fable

Ah le démon de midi ! Plutôt du crépuscule, en ce qui me concerne. Même les dieux en ont un. Mais je dois vous l'avouer, ça s'est mal terminé, je me suis fait jeter. Un de ces râteaux qui vous rendent modeste ! Pour me consoler, j'ai pensé un instant pouvoir tenter ma chance avec Laura, Zoé ou Emilie. Mais y'en a marre des conseillères virtuelles. Et puis ça rime à quoi toutes ces jolies nanas à faire damner un saint, qui n'existent même pas ? Juste des allumeuses, dans un monde fantasmé. Que font les féministes ? Non, décidément, rien ne remplacera jamais les vrais accueils, avec de vraies personnes, proches de chez vous et proches de vous. Des femmes, des hommes, des beaux, des moches, des jeunes, des vieux, on s'en fout. Mais des êtres humains. En chair et en os. De vrais gens, quoi ! Qui entendent vos questions et savent vous répondre, qui comprennent vos problèmes et tâchent de les résoudre. C'est déjà trop demander ?





                                                                            Laura EDF
                                        Zoé GDF SUEZ
                                                    Emilie Numericable
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Mediator (suite). Conflit d'intérêts et trafic d'influence. Demain, on lave plus blanc. Aujourd'hui, c'est trop tôt...

Vendredi 31 mai 2013
Bien le bonjour ! Vous n'aurez sans doute plus jamais l'occasion d'avoir sous les yeux une telle galerie de portraits. Rien que des grossiums, des gens de la "Haute"... Tous sous le coup d'une mise en examen prononcée par les juges parisiens chargés de l'un des volets de l'affaire Mediator. Sous des chefs qui  visent tous des délits peu glorieux : participation illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée... Complicité et recel du même délit... Prise illégale d'intérêt... Obtention indue d'autorisation, tromperie sur les qualités substantielles (du Mediator) avec mise en danger de l'homme, escroquerie et trafic d'influence..." Il faut d'emblée préciser qu'aucun de ces "mis en examen" n'a été jugé à ce jour et qu'ils bénéficient donc tous de la "présomption d'innocence".

Plusieurs procédures judiciaires sont en cours, dont celle de la "citation directe", choisie par quelque 700 victimes, devant le tribunal correctionnel de Nanterre, qui tablaient sur la rapidité de cette procédure par rapport à la voie, choisie par d'autres, de la saisine du juge d'instruction avec constitution de partie civile. Il fallait hélas s'y attendre : ce jour même, 31 mai 2013, la présidente de la 15è chambre du tribunal de Nanterre n'a pu que renvoyer le procès à une audience de procédure, le... 15 mai 2014 (?), pour "supplément d'informations", en raison de multiples références faites à l'instruction en cours à Paris et dont le tribunal ne pouvait évidemment disposer. Une position défendue, dès le départ, par les conseils de Servier, le gratin du Barreau... On appelle cela "se tirer une balle dans le pied"... Mais cette péripétie n'interfère pas sur ce dont il est question ici, à savoir l'instruction judiciaire ouverte par le Parquet parisien pour "tromperie, escroquerie, prise illégale d'intérêt et trafic d'influence".
Prise illégale d'intérêts

"Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l'acte, en tout ou partie, la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende." (Article 432-12 du code pénal).

"Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 Euros d'amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions." (Article 432-13 du code pénal).

Jean-Michel Alexandre et Marlène May Garnier

Professeur de pharmacologie, Jean-Michel Alexandre a été l'un des hommes les plus influents en matière de médicament. Il a occupé les fonctions suivantes : Président de la commission d'autorisation de mise sur le marché à l'Agence du médicament (1985-1993). Directeur de l'évaluation des médicaments au sein de la même agence (1993-2000). Et, simultanément, président du Comité des médicaments de l'Agence européenne du médicament (1995-2000). Sans transition, il devient consultant pour l'industrie pharmaceutique. Notamment pour les laboratoires Servier, dont il aurait perçu 1,2 million d'euros entre 2001 et 2009. (Détail savoureux : sa compagne, Françoise de Crémiers, occupa, de 1989 à 2007, la fonction de conseiller auprès du président de Wyeth, le laboratoire correspondant de Servier aux Etats-Unis notamment pour... l'Isoméride). Le monde est quand même petit... Mis en examen pour "participation illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée."

Marlène Garnier (pas de photo), ancienne salariée de Servier, a créé unE société de lobbying pharmaceutique baptisée CRIS, financée à hauteur d'un quart par les Laboratoires Servier. Une société-écran qui a servi d'intermédiaire pour les missions confiées au Professeur Alexandre dans l'industrie pharmaceutique, notamment chez Servier. Mise en examen pour "complicité et recel d'un délit de participation illégale d'un fonctionnaire à une entreprise précédemment contrôlée."






                        Jean-Michel Alexandre
Eric Abadie, Marie-Eve Abadie, Christian Bazantay

Eric Abadie est médecin diabétologue. Il a été pendant huit ans directeur des affaires médicales du syndicat national des industries pharmaceutiques, avant d'être recruté comme chef de département à l'Afssaps, en 1994, par... Jean-Michel Alexandre. En 2007, il est nommé président  du Comité d'évaluation des médicaments à usage humain (CHMP) de l'Agence européenne du médicament. Fonction dont il démissionne brutalement le 4 avril 2012. Mis en examen pour "prise illégale d'intérêt".

Marie-Eve Abadie (photo non disponible), est l'épouse du Dr Abadie. Avocate spécialisée dans les litiges commerciaux. Entre 2004 et 2008, elle a facturé 87 889 euros aux Laboratoires Servier. Mise en examen pour "recel de prise illégale d'intérêt".

Christian Bazantay est le Secrétaire général du Groupe Servier. Signataire du contrat liant la Société CRIS (v. plus haut) au groupe Servier. Un ex-responsable du service Sécurité de Servier raconte comment, lorsque les enquêtes ont commencé, Bazantay lui a fait passer à la broyeuse une vingtaine de sacs de cent litres... Mis en examen pour "complicité du délit de participation illégale d'un fonctionnaire à une entreprise précédemment contrôlée".
                                            Eric Abadie
Christian Bazantay

Jean-Philippe Seta, Alain Le Ridant

Médecin spécialisé en médecine interne et pneumologie, pneumologue, Jean-Philippe Seta est, depuis juin 2003, Président opérationnel du Groupe Servier, bras droit du président-fondateur. Entré chez Servier dès la fin de son internat, en 1984, il y gravit tous les échelons. Entendu par les juges le 26 avril 2013, il leur aurait déclaré : "En tant que médecin, fils de médecin et petit-fils de médecin, je prends très au sérieux ma responsabilité en matière de santé publique. Depuis 2009, je me demande toujours si nous avons fait tout ce que nous devions faire. Il ne sera jamais de tribunal plus sévère que celui de ma conscience". Emouvant... Mis en examen pour "obtention indue d'autorisation, tromperie sur les qualités substantielles du Mediator avec mise en danger de l'homme, escroquerie et trafic d'influence". Placé sous contrôle judiciaire avec un cautionnement de deux millions d'euros... (dont il a formé appel).

Alain Le Ridant (photo non disponible), était pharmacien responsable au sein du groupe Servier, avant de prendre sa retraite, il y a deux ans. C'est lui qui conseilla à Jacques Servier de recourir aux services de consultant d'un vieil ami à lui, camarade de promotion en médecine et pharmacie, un  certain... Jean-Michel Alexandre. Mis en examen pour "obtention indue d'autorisation et complicité du délit de participation illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée".

Marie-Thérèse Hermange, Claude Griscelli

Marie-Thérèse Hermange, ex-sénatrice UMP, a siégé à la Chambre haute jusqu'au 30 septembre 2011 et ne s'est pas représentée. Elle fut co-auteur et rapporteur du rapport d'information de la mission sur le Mediator de juin 2011 Elle est soupçonnée d'avoir modifié le rapport dans un sens favorable à Servier, notamment à la suite d'une rencontre au Sénat et de 46 échanges téléphoniques, entre mars et juin, avec le Pr Claude Griscelli (v. ci-dessous), lui-même lié aux Laboratoires Servier. Mise en examen (chefs non communiqués).

Claude Griscelli est professeur de pédiatrie et de génétique médicale mondialement réputé. Directeur général de l'INSERM de 1996 à 2001, membre du Conseil d'Etat en service extraordinaire de 2001 à 2005, il appartint au cabinet du ministre de la santé, Philippe Douste-Blazy, en 2004 et 2005, période durant laquelle il fut parallèlement appointé par Les groupes Wyeth et Servier. Il a admis avoir été consultant de Servier depuis l'année 2000 et les investigations ont retrouvé une rémunération à ce titre de 260 000 euros entre 2008 et 2010. Des écoutes téléphoniques révélées par lefigaro.fr du 13 septembre 2011, notamment une conversation du 24 juin 2011 entre lui et Jean-Philippe Seta (v. ci-dessus), se révèlent particulièrement embarrassantes, quand il décrit comment il est intervenu auprès de Marie-Thérèse Hermange pour modifier le rapport.... Mis en examen (chefs non communiqués).
                            Marie-Thérèse Hermange
                                    Claude Griscelli
Xavier Bertrand, Gérard Bréat, Françoise Florette

J'entends d'ici vos protestations : Ah non, pas Xavier Bertrand ! Le seul homme politique à qui l'on donnerait le bon Dieu sans confession.. Vous avez raison. Il ne fait d'ailleurs l'objet d'aucune investigation ni poursuite dans cette affaire. Seulement voilà, il fut ministre de la Santé et de la Solidarité du 3 juin 2005 au 26 mars 2007, avant de revenir au Gouvernement entre le 15 novembre 2010 et le 16 mai 2012 comme ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé. On en parle ici juste pour dire que la pieuvre Servier est partout. Un octopode à l'intelligence redoutable, à l'appétit féroce. Parmi les conseillers techniques nommés en 2005 par ce cher Xavier Bertrand figurent deux médecins : le Professeur Gérard Bréart et la  Professeure Françoise Florette. Le premier avait été, en 2005, moyennant rémunération, le coordinateur d'une étude sur le Protelos, un produit Servier contre l'ostéoporose mis sur le marché en 2006, qui figure sur la "liste noire" des médicaments à éviter de la Revue Prescrire, qui le décrit comme "plus dangereux qu'utile" et à l'encontre duquel l'AFFSAPS a émis plusieurs mises en garde. La seconde a travaillé à plusieurs reprises avec les Laboratoires Servier, dont elle aurait perçu des honoraires comme "conférencière". Mais il faut croire Xavier Bertrand, quand il déclare n'avoir pas eu "connaissance de ces liens". Décidément, ces ministres ne sont jamais au courant de rien. Mais se pressent toujours au chevet des victimes. La goule enfarinée, sympathie en bandoulière, compassion à la boutonnière...

Mais après tout, on ne compte plus les responsables politiques ayant -ou ayant eu- des liens avec l'industrie pharmaceutique et pas seulement Servier. Voyez, par exemple, Nora Bera, docteur en médecine et Secrétaire d'État auprès du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, chargée de la Santé entre 2010 et 2012 : de 1999 à 2009, elle a travaillé dans trois laboratoires pharmaceutiques, pour lesquels elle conduisait des projets internationaux (de 1999 à 2001 pour Boehringer Ingelheim, de 2001 à 2006 pour Bristol-Myers Squibb et de 2006 à 2009 pour Sanofi Pasteur MSD Europe).

Et que dire de ce fameux Club Hippocrate ? Un club parlementaire, créé en janvier 2010, regroupant une centaine de députés ou sénateurs aux très louables intentions de plancher sur l' économie de la santé. Un club auquel appartient (appartenait ?) Gérard Bapt, président PS de la Mission de l'Assemblée nationale sur le Mediator, ainsi que Jean-Pierre Door, rapporteur UMP de la même Mission. Très bien, rien à redire, c'est tout à leur honneur... Mais alors, est-il bien raisonnable que ledit Club soit, même partiellement, financé par GlaskoSmithKline (GSK), groupe anglo-américain numéro 2 mondial de l'industrie pharmaceutique ? (sante.lefigaro.fr du 25 février 2011). Et Jean-Pierre Door de déclarer au Figaro : "C'est vous qui m'annoncez le montant de ces financements"... Je vous le disais,  ces gens-là ne savent rien... Une dernière question : pourquoi et depuis quand le site internet http://www.club-hippocrate.fr/ n'est-il plus accessible ? Ah, l'informatique !...

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                          lexpansion.lexpress.fr 12 janvier 2011
"Sunshine Act" à la française

On aurait mauvaise grâce à prétendre que les Pouvoirs publics seraient restés les deux pieds dans le même sabot. C'est encore le bon Xavier Bertrand qui le proclamait devant l'Assemblée nationale, le 1er février 2011, jamais à court d'une envolée : "Il y aura un avant et un après Mediator". Le 12 janvier, prenant judicieusement les devants, Jean Marimbert, patron de l'AFSSAPS depuis 2004, avait annoncé sa démission dans une longue "Tribune" publiée par Libération, où il reconnaissait l'urgence et la nécessité de "renforcer l'effectivité du système de déclaration et de gestion des liens d'intérêt des experts..." L'un des premiers actes de son successeur, Dominique Maraninchi fut de commencer à faire le ménage, en limogeant deux responsables, Anne Castot et Carmen Kreft-Jaïs. La première était chef du service de la gestion des risques et de l'information sur le médicament ; la seconde, chef du département de pharmacovigilance. "Recasées" respectivement comme responsable de la coordination des... vigilances à l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France pour l'une et, pour l'autre, chargée de mission à l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INEPS). Chez ces gens-là, Monsieur, on ignore le chômage.

Puis, comme pour mieux effacer le passé et comme toujours dans ces cas-là, l'AFSSAPS fut débaptisée, pour devenir l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), à compter du 1er mai 2012. (Rappelons que l'AFSSAPS a été mise en examen le 20 mars 2012, pour homicides et blessures involontaires, au même titre que Servier lui-même, dans l'information ouverte sur ce chef)

Dans l'entretemps, le Parlement avait voté la Loi du 29 décembre 2011 , dite loi Bertrand, relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé. Puis vint le Décret du 9 mai 2012 relatif à la déclaration publique d'intérêts et à la transparence en matière de santé publique et de sécurité sanitaire. Ouf ! Pour les raisons que l'on sait, le Gouvernement fut empêché de poursuivre son grand oeuvre purificateur. Mais le nouveau prit le relais avec ardeur. Après quelques mois d'obscurs palabres, Marisol Touraine put enfin annoncer, le 21 mai 2013, un véritable Sunshine Act "à la française", par référence au texte sur la transparence adopté aux Etats-Unis dès 1976, le 13 septembre exactement... Il s'agit du Décret du 21 mai 2013 relatif à la transparence des avantages accordés par les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l'homme, pris en application de la loi précitée du 29 décembre 2011.
                                                                                                    rue89.com 2 août 2011
Une transparence opaque

Un "Sunshine Act" tellement "à la française" que les critiques ne cessent de pleuvoir sur un texte destiné à promouvoir plus de transparence mais qui ne ferait que maintenir, au mieux, l'opacité du système. C'est que le texte a beau prévoir une déclaration de "cadeaux" à partir de 10 euros (?) reçus par les médecins (mais déjà 10 euros, c'est trop : pourquoi des cadeaux ?...) il ne touche pas à l'essentiel, quand il exclut de l'obligation de publication l'existence de contrats entre les firmes et d'autres acteurs de la santé facturant des prestations de service. Lisez plutôt ce qu'en dit la revue Prescrire, dans un article du 23 mai 2013, sous le titre : "Décret sur la transparence en santé : opacité inacceptable sur les contrats des soignants avec les firmes". Et si, bien à tort, vous ne croyez pas cette Revue, croyez au moins à ce que dit le Conseil national de l'Ordre des médecins, qui envisage un recours devant le Conseil d'Etat, dans un communiqué du même 23 mai, sous le titre : "Nous sommes très loin du compte" et dont la conclusion vaut d'être citée ici : "Le Conseil national de l'Ordre des médecins ne peut que constater la priorité accordée aux exigences des industriels du médicament et du matériel médical. Ce texte trahit manifestement la volonté du législateur et la loi  du 29 décembre 2011 relative à la transparence des activités des industriels de la santé". Et écoutez quand même, sur cette vidéo, ce que disait récemment Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire, sur la politique du médicament...

Dans toute cette affaire du Mediator, comme dans celles qu'on a connues avant ou depuis, l'occasion a été manquée, "Sunshine Act" ou pas, de mettre fin à une politique du médicament placée sous l'emprise et l'influence des firmes pharmaceutiques, avec des pratiques où leurs intérêts financiers prévalent sur les intérêts de santé publique des citoyens, sur fond de concussion et de prévarication. Quel autre scandale, quelle autre tragédie sanitaire, faudra-t-il encore pour qu'enfin l'évaluation des médicaments, avant leur mise sur le marché, soit faite de manière indépendante des firmes, pour que les nouveaux médicaments aient à démontrer leur intérêt thérapeutique par rapport à ceux de référence et pour que soit renforcée la pharmacovigilance permettant un retrait rapide du marché quand il le faut, fondée sur une évaluation médicale objective et indépendante, plutôt que sur un compromis entre les intérêts des industriels et les risques pour les patients ? Le pire n'est jamais sûr et tant mieux. Mais hélas...

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Mediator (Suite). Tromperie, veulerie, duplicité, irresponsabilité, mépris, incompétence, collusion, conflit d'intérêts

Mardi 28 mai 2013
Bonjour."Tromperie... veulerie... duplicité... irresponsabilité... mépris... incompétence... collusion... conflit d'intérêts"... Et puis quoi d'autre encore ? Je vous entends d'ici : "Il a encore pété les plombs, le Frémont !" Non, je vous rassure, je n'invente aucune de ces appréciations. J'ai même dû faire un tri. Elles ont toutes été employées, à un moment ou un autre, à l'égard des uns ou des autres, par plus sérieux que moi.

La duplicité de Servier

Il a beau démentir avoir mis le Mediator sur le marché comme coupe-faim, c'est-à-dire comme un anorexigène, c'est pourtant en cette qualité qu'il l'a fait breveter sur le marché américain, en septembre 1971. Et que dire de cette note interne, établie le 28 novembre 1969 par son service de prospective médicale, où les personnes soucieuses de leur ligne sont  décrites  comme la cible idéale, avec cette interrogation : "Il s'agit là d'une population qui ne se considère pas comme malade. Consultera-t-elle à ce propos ? Peut-on convaincre le médecin de conseiller à tous ces sujets un régulateur pondéral lorsqu'ils viennent le consulter pour une autre affection ?"... Pour finir de vous convaincre, lisez aussi cet article du Figaro.fr du 5 septembre 2011 : "Des auditions accablent le laboratoire Servier". Et notamment lorsque ce professeur de médecine, salarié du laboratoire à l'époque, reconnaît que tout a été fait pour dissimuler l'aspect coupe-faim à seule fin d'obtenir l' autorisation de mise sur le marché (AMM)...



        L'Usine nouvelle 12 octobre 2011
          20minutes.fr 27 novembre 2012
Des effets pervers avérés depuis le mitan des années 1990
                                                  Le Figaro.fr 17 décembre 2010

Ce n'est pas pour rien que le Pondéral et l'Isoméride furent retirés du marché en septembre 1997, en raison de leurs effets secondaires graves, démontrés par une étude de 1995. Et la similitude du Mediator était déjà scientifiquement établie. (cf. précédent Billet). A tel point qu'on le trouve inscrit dans l'arrêté ministériel du 7 octobre 1994 visant la prévention et la répression de l'usage des produits dopants à l'occasion des compétitions et manifestations sportives (annexe 1 : Amphétamines). A tel point qu'il fut, la même année 1997, interdit en Suisse sous le nom de Mediaxal ( Le Monde.fr du 21 janvier 2011). A tel point que, toujours en 1997, la Revue Prescrire lançait cet avertissement : " Le maintien sur le marché et la prise en charge par l'assurance maladie de Mediator doivent être reconsidérés". A tel point que, le 21 septembre 1988, (voir ci-dessus) les médecins-conseils nationaux de la CNAMTS, de la CANAM et de la MSA adressaient au directeur de l'Agence du Médicament un courrier relevant la prescription hors AMM du Mediator pour des traitements à visée amaigrissante et qu'ils concluent ainsi : "Il est assez paradoxal de constater que la prescription de Mediator est tout à fait libre, tandis que celle des médicaments du groupe des amphétamines est strictement encadrée depuis mai 1995". A tel point ? A tel point que... rien. Il fallut donc attendre encore plus de dix ans et plusieurs centaines de morts pour qu'on se décide enfin à interdire le Mediator.
                                Le Monde.fr 12 mai 2011
L'impéritie des autorités sanitaires

Lisez les 245 pages du Rapport IGASS de janvier 2011 et les 271 pages du Rapport de juin 2011 de la Mission d'information du Sénat. Et vous saurez tout ce que vous eussiez aimé ne pas savoir sur l'incompétence, les turpitudes et l'impéritie des "autorités sanitaires" censées nous garantir une politique du médicament sûre et cohérente (Agence du Médicament, puis AFSSAPS, commissions d'AMM, comités techniques, commissions nationales de pharmacovigilance, commissions de la Transparence...). Ah, vous n'avez pas le temps ? Pas grave, je l'ai fait pour vous. Plutôt que de me lancer dans un impossible résumé, je vais juste vous citer quelques titres piqués dans les sommaires, vous en saurez assez : Une autorisation incohérente... Les graves défaillances du système de pharmacovigilance... Dix ans perdus... Une enquête sur la dangerosité potentielle du Mediator sans analyse autre que celle du laboratoire pour y répondre... Des alertes répétées non prises en compte... Un "principe de précaution" qui ne profite pas aux malades mais aux laboratoires... Un progrès dans les connaissances scientifiques qui rend incompréhensible l'inertie de la pharmacovigilance... Des directions générales mal informées et ne s'étant pas donné les moyens de gérer correctement les risques... Des ministres ne disposant pas d'informations mais alertés sur la situation de la pharmacovigilance...". Pour vous détendre après cette accablante énumération, écoutez ce que dit le professeur Philippe Even dans cette réjouissante vidéo...
L'ignorance des ministres

Ben non, que voulez-vous... Les ministres sont des gens très occupés, il ne peuvent pas être au courant de tout. Prenez la liste des ministres ou secrétaires d'Etat directement en charge de la Santé entre 1993 et 2009 : Philippe Douste-Blazy, Elisabeth Hubert, Hervé Gaymard, Bernard Kouchner, Dominique Gillot, Jean-François Mattéi, Xavier Bertrand, Philippe Bas, Roselyne Bachelot-Narquin (incluant donc quatre médecins et une pharmacienne...) : non, rien de rien, pas au courant, pas informés...

On ne leur fera pas l'injure de penser que tout cela relevait pour eux de la rubrique des "chiens écrasés", pour reprendre une expression du Dr Gérard Kouchner, (oui, le frère), PDG du groupe de presse UMP-Medica France-Benelux (dont les publications suivantes : Le Quotidien du Médecin, Le Quotidien du Pharmacien, Le Généraliste, Décision Santé...). Interrogé au Sénat par François Autain, président de la Mission d'information sur le Médiator (Voir la vidéo ci-dessous), c'est ainsi qu'il expliqua le silence de ses publications autour du livre d'Irène Frachon. Ce dont il s'excusa ultérieurement.. Mais les ministres ne sont pas responsables de leur fratrie.

On sait, en revanche, qu'en 1998, Gilles Duhamel, conseiller technique au cabinet de Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à la Santé, avait annoté et transmis au directeur de l'Agence du Médicament, Jean-René Brunetière, une dépêche de l'AFP datée du 1er juillet, relative à une étude de l'URCAM de Bourgogne sur les mésusages du Mediator. (Le Figaro.fr du 10 janvier 2011). Sans qu'aucune suite y soit donnée...
                            Libération.fr 20 décembre 2010
                              newsring.fr 22 novembre 2012
Le 8 mars 2011, lors de son audition par la Mission du Sénat, le directeur général de la CNAMTS enfonçait pourtant le clou : Les suspicions avaient été portées à la connaissance des Pouvoirs publics, y compris le directeur général de la Santé de l'époque"... Le professeur Joël Ménard, Professeur de Santé publique, que Libération du 4 octobre 1997 décrivait comme "un homme de consensus, qui n'aime pas les conflits". Avec cette question : ""Saura-t-il sortir du rôle silencieux de l'expert, certes compétent mais toujours effacé devant le politique ?"... Quant à Xavier Bertrand, ministre de la Santé et de la Protection sociale entre 2005 et 2007,  écoutez-le expliquer à  l'Assemblée nationale que désormais il veut tout savoir. Lui qui n'avait rien su non plus... Non, les ministres n'ont jamais rien su et ne sont pas responsables. La preuve : une plainte déposée par une victime du Mediator contre quatre d'entre eux a été classée sans suite par la Cour de Justice de la République, le 22 janvier 2013.
        Le Dr Gérard Kouchner et les "chiens écrasés". 16 mars 2011
                                        Xavier Bertrand. 16 novembre 2010

L'inconséquence des médecins prescripteurs

On ne citera ici que pour mémoire le cas du célèbre Dr Dukan, poursuivi notamment par une patiente atteinte d'une valvulopathie aortique sévère après consommation de Mediator prescrit comme "coupe-faim" par cet "inventeur-charlatan" du "régime" qui porte son nom. Ce n'est pas pour lui qu'on se fait du souci. C'est d'abord, évidemment, pour toutes les victimes. Et aussi, bien que dans une moindre mesure, pour ces centaines de médecins anonymes qui ont procédé aux mêmes prescriptions. Quand tant d'autres, mieux et plus haut placés qu'eux ont failli, il ne s'agit pas de les prendre pour des "boucs-émissaires", responsables de tout. Sans doute n'ont-ils pas tous les moyens de s'offrir la revue Prescrire, qui leur aurait permis, dès 1997, de mieux connaître ce produit et ses dangers, autrement qu'au travers de la propagande et du baratin des visiteurs médicaux de chez Servier. Et l'on sait que ce n'est pas vrai que pour le Mediator. Et pas que pour Servier... Au moins auraient-ils pu, au pire, consulter de temps à autre le Vidal, qui ne doit pas leur coûter bien cher. Ils y auraient vu que l'autorisation de mise sur le marché (AMM) de Mediator ne prévoyait aucunement son utilisation comme "coupe-faim".

Car enfin ! Il est établi que  80 % des prescriptions de Mediator, notamment à partir de la fin des années 1990, ont correspondu à cet usage détourné, pour des personnes tout à fait indemnes du moindre diabète. Et les mêmes prescripteurs, décidément bien ignares, ignoraient sans doute aussi les dispositions de l'article L162-4 du code de la sécurité sociale, dans sa version antérieure à la loi du 29 décembre 2011. Dispositions relatives à l'obligation d'indiquer sur l'ordonnance le caractère non remboursable des spécialités pharmaceutiques prescrites en dehors des indications thérapeutiques ouvrant droit au remboursement. En vigueur depuis l'ordonnance du 24 avril 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses de soins.

Le Conseil de l'Ordre des médecins a, quant à lui, eu l'occasion de les connaître, en sa section des Assurances sociales. Saisi par quelques médecins-conseils des caisses, sans doute plus zélés que la plupart, il a prononcé plus de 85 sanctions rien qu'à l'encontre de  médecins impliqués dans ces prescriptions inconsidérées de Mediator. Qu'aurait-ce été, si tous les médecins-conseils avaient fait leur boulot !... Et il faut croire que la leçon du Mediator n'a pas suffi. Voyez cette récente affaire de Diane 35, un traitement contre l'acné  prescrit les yeux fermés comme contraceptif à plus de 300 000 femmes, en dépit de risques thromboemboliques ayant provoqué plusieurs décès...

Mais l'essentiel est sauf. Pour le reste de leurs éventuelles responsabilités, les médecins concernés n'ont pas eu trop de souci à se faire. Xavier Bertrand les avaient rassurés par avance, le 8 mai 2011, sur France 5, en sa qualité de ministre de la Santé et grand Protecteur de la Confrérie médicale : "Les médecins ne seront pas les payeurs". On s'en réjouit pour eux.

Cette question des prescriptions hors AMM fera l'objet d'un prochain Billet. Il y a tant à dire ! On le voit bien, l'affaire du Mediator, qui est loin d'être close puisqu'elle est devant la Justice, nous administre beaucoup de leçons, à beaucoup d'égards et à tous les niveaux. Certaines ont déjà été tirées. D'autres auront encore à l'être. On n'est pas encore sûr que toutes le seront. Et Il reste à parler d'un sujet important, celui des collusions et autres conflits d'intérêts qui pervertissent et gangrènent la politique du médicament dans notre beau et grand Pays, au plus grand détriment de la Santé publique. Ce sera pour le prochain Billet, qui ne saurait tarder. A suivre...




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                                              NouvelObs.com 9 novembre 2011

Médiator. Morts sur ordonnance

Samedi 25 mai 2013
Le bon Dr Servier. "Un grand Français"

Laissez-moi vous présenter ce bon Dr Servier. Attendrissant vieillard de 91 ans, perclus de rhumatismes, accablé par le poids des fortunes amassées et celui des médailles dont notre République voulut bien l'honorer. François Mitterand l'encensa en le faisant Commandeur de l'Ordre national du Mérite, le 21 mai 1985. Nicolas Sarkozy le sanctifia, le 7 juillet 2009, en lui remettant la Grand-croix de la Légion d'honneur : "Votre histoire, c'est une grande histoire française riche de leçons... Vous êtes un personnage hors du commun. Votre ascèse et votre sobriété forcent le respect de tous. Vous nous rappelez que les capitaux n'ont d'autre destination que de servir les projets que chacun d'entre nous porte en lui. L'homme n'a pas à être soumis aux caprices du capitalisme et encore moins aux caprices de la spéculation... Jacques, vous êtes un entrepreneur comme la France en compte peu... En tant qu'entrepreneur, vous critiquez l'empilement des mesures, des normes, des structures et vous avez raison... Enfin, Jacques, vous êtes un patriote. Grâce à vous, notre pays peut saluer une industrie de classe mondiale... La Nation vous est reconnaissante de ce que vous faites... J'espère que chacun aura compris que c'est un grand Français que je vais décorer au nom de la République française...". (Allocution).

                                  21 mai 1985
      7 juillet 2009
Oui, un "grand Français". On a bien compris, Nicolas. On avait déjà eu droit à Jaurès et Guy Moquet... Ah, Jacques Servier ! Né le 9 février 1922 dans l'Indre, à...Vatan, ce qui ne s'invente pas. Docteur en médecine et en pharmacie, président-fondateur des Laboratoires éponymes créés en 1948, deuxième groupe pharmaceutique français, derrière le géant Sanofi, avec un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros en 2012. Président du conseil national de l'Ordre des pharmaciens dans les années 1970. 15è plus grande fortune française en 2012, (Challenges), avec 2 700 millions d'euros. Auteur d'ouvrages aux titres prémonitoires : Le médicament, inventer ou mourir (1982). Le médicament français : une industrie de pointe en voie de liquidation ? (1986). La passion d'entreprendre (1991). Le médicament et la vie. Débat avec Jacques Marseille (2007)... Tenez, je vais vous faire un cadeau. Un extrait du premier livre cité : "Le plus désastreux chez nous est la multiplicité des initiatives des pouvoirs publics. Tant d'instances accumulent les réglementations qu'elles réussissent à créer une atmosphère de harcèlement administratif incompatible avec la vie... Les contrôles coûtent cher. Il faut conserver ceux qui sont nécessaires mais ne pas multiplier à plaisir les exigences inutiles. Des contrôles techniques ou administratifs poussés à l'extrême absorbent une part croissante des budgets de recherche sans faire progresser la thérapeutique. Rien ne serait plus criminel que d'étouffer la créativité dans le carcan de la routine". Edifiant, non ? Et l'on a vu combien  la République, par la voix de son président, réprouvait aussi cette atteinte à la liberté d'entreprendre... Notre héros national allait tomber de haut, quand l'affaire éclata. Arx tarpeia Capitoli proxima. Le voilà au ban de la Nation et sur le banc des tribunaux. Accusé de tromperie aggravée, escroquerie, trafic d'influence, homicides et blessures involontaires. La faute au Mediator. Mais surtout à celle de ses immondes détracteurs. Et de ses "prétendues" victimes...
                          La Voix du Nord 
Le Médiator 150 mg

Je vais vous la faire courte, c'est un peu compliqué. Un médicament (?) ayant pour principe actif le benfluorex, commercialisé en 1976 avec une "autorisation de mise sur le marché" (AMM) pour deux indications thérapeutiques : adjuvant du régime dans les hypertriglycéridémies (taux élevé de graisse dans le sang) et traitement du diabète asymptomatique (diabète de type 2) avec surcharge pondérale. Rien que du lourd... Prescrit à plus de cinq millions de personnes entre 1996 et 2009, plus de 145 millions de boîtes vendues, un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros. Patatras ! La saga s'interrompt brutalement le 30 novembre 2009, par décision de suspension de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). La suspension visait aussi les deux génériques commercialisés deux mois plus tôt par Mylan et Qualimed (mauvaise pioche, manque de pot)... Déjà, une nouvelle évaluation avait entraîné, en 2007, la suppression de la première indication. Il ne restait donc plus que la seconde, que l'AFSSAPS anéantit comme suit deux ans plus tard : "Au vu des données d'efficacité modeste dans la prise en charge du diabète de type 2 et du risque avéré de valvulopathie et après consultation de la Commission nationale de pharmacovigilance et avis de la commission d'autorisation de mise sur le marché, la balance bénéfice-risque du benfluorex a été jugée défavorable"... Ah qu'en termes choisis... Dit comme ça, en effet, ce n'est pas dramatique. Mais cela le devint.
                                           
Celle par qui le scandale est arrivé

Irène Frachon n'est sans doute pas une "grande Française", au Panthéon de Sarko... Pas de Ray-Ban, ni de Rolex. Ni Grand-Croix, ni Commandeur d'aucun Ordre. Juste membre de celui des médecins, où elle figure en qualité de pneumologue. Ah si, elle a quand même reçu une distinction, le 11 octobre 2011 : le Prix Éthique, catégorie Lanceur d'alerte citoyen, attribué par l'association Anticor. Une association fondée en juin 2002 dont le but déclaré est de combattre la corruption et réhabiliter la politique. Vaste programme ! Sinon, elle se décrit elle-même comme "quelqu'un de très ordinaire, embarquée dans une histoire extraordinaire" (Libération 19 novembre 2010). C'est le moins qu'on puisse dire. C'était un soir de 2007, dans son bureau du CHU de Brest, où elle s'intéresse plus spécialement à l'hypertension pulmonaire artérielle (HTPA). Un confrère cardiologue lui parle d'une patiente diabétique traitée par Mediator, qui présente des lésions valvulaires. Comme ces patients de l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart, où elle fut formée en 1990, lorsque les médecins s'y sont battus pour obtenir l'interdiction de l'Isoméride, un dérivé d'amphétamine toxique pour le coeur et les poumons. Commercialisé par les Laboratoires... Servier. Une interdiction obtenue en 1997. Cette teigneuse finit par découvrir, dans une publication américaine de 2000, que Mediator et Isoméride correspondent en fait à une seule molécule extrêmement toxique, la norfenfluramine. A maintes reprises, elle alerte l'AFSSAPS, se fait d'abord jeter. De quoi se mêlait-elle ?


  
                             
Petit détour par le Pondéral et l'Isoméride

En 1963, les laboratoires Servier mettaient sur le marché un nouveau médicament, le Pondéral, issu de la la fenfluramine. Un dérivé fluoré de l'amphétamine, au fort pouvoir anorexigène. Bref, un "coupe-faim"... Puis vint l'Isoméride (dexfenfluramine) en 1966, aux mêmes popriétés. Avec les mêmes effets secondaires graves : valvulopathies cardiaques et hypertension artérielle pulmonaire (HAP). Des effets provoqués par la norfenfluramine, une métabolite des deux molécules précitées. (Vous suivez toujours ? Vous avez du mérite. Moi-même j'ai bien du mal...). Toujours est-il que ces deux médicaments, avec d'autres de la même classe, firent l'objet d'une restriction très stricte de leur prescription en 1995, puis furent suspendus définitivement le 15 septembre 1997 par l'Agence du médicament, alors dirigée par Didier Tabuteau.

Ayons ici une pensée pour Anna Paulos. Une dramatique histoire narrée par Le Parisien du 30 janvier 2006. En 1991, lui trouvant une surcharge pondérale faisant suite à une maternité, un médecin lui prescrit l'Isoméride. Un an après, elle est atteinte d'une HAP mortelle et subit une greffe des deux poumons. Très lourdement handicapée, on le serait à moins, elle poursuit les laboratoires Servier en 1998, qui sont condamnés en 1ère instance mais ne s'inclinent évidemment pas. On ne s'attaque pas impunément à ce genre de "Grand Français"... Il y fallut huit ans. Jusqu'à cet arrêt de la Cour de cassation du 31 janvier 2006, qui reconnaît la responsabilité de Servier et de son Isoméride, après que les experts eurent écarté toute autre cause de survenance. Anna Paulos perçut 417 000 euros d'indemnités. Piètre consolation... D'autres plaintes ont suivi, dont on ne sait pas la suite. Voyez quand même ci-contre, cette autre condamnation, obtenue le 17 septembre 2010.

Quel rapport, me direz-vous, avec le Mediator (Benfluorex) ? Vous vous souvenez de l'intuition d'Irène Frachon, largement confirmée depuis par tous les experts et résumée ainsi par Aquilino Morelle, le 23 mai dernier, devant le Tribunal de Nanterre : "Le benfluorex n'est pas dangereux en soi. Seul il ne sert à rien. Sauf qu'il est un précurseur qui sert à mettre en route la norfenfluramine..." Comme le Pondéral et l'Isoméride. La boucle est bouclée... (Aquilino Morelle, "plume" de Lionel Jospin, puis de François Hollande, certes. Mais aussi docteur en médecine et inspecteur général des Affaires sociales, l'un des trois auteurs du rapport IGASS précité de janvier 2011...). La boucle est tellement bouclée que, en septembre 1998, les médecins-conseils des trois organismes nationaux d'assurance maladie (CNAMTS, CANAM, CCMSA) avaient alerté le directeur de l'Agence du médicament, Jean-René Brunetière, sur les prescriptions de Mediator : "Un nombre important de cas correspond à des prescriptions médicales hors du champ des indications thérapeutiques... notamment dans le cadre de traitements à visée amaigrissante..." (Le Figaro.fr).
    Le Parisien 17 septembre 2010
Mediator. Combien de morts ?

Le Mediator finit donc par être retiré du marché français le 30 septembre 2009. Et il fallut quelques mois de plus pour que l'Agence européenne des médicaments prononçât son interdiction définitive, le 14 juin 2010, avec cet avis, tardif mais sans appel : "Le lien entre benfluorex et valvulopathie est établi"... Quelques jours avant, le groupe Servier s'entêtait dans sa pathétique défense : "face aux nombreuses inexactitudes parues dans la presse grand public, aucun lien de causalité directe n'a été démontré à ce jour, entre la prise du médicament et et les valvulopathies" (Le Monde.fr).

Sans doute en guise d'exutoire thérapeutique, Irène Frachon relata son aventure dans Mediator. Combien de morts, publié le 3 juin 2010 aux Editions Rivages. Un best-seller au succès retentissant, à la hauteur du scandale que l'affaire commençait à devenir. Vous pouvez encore vous le procurer sur Amazon.fr. Et, si vous êtes amateur (trice) de "collectors", vous y trouverez aussi la version avec le sous-titre  censuré à la suite d'une décision du tribunal de Brest, saisi en référé, qui fit droit à la requête du Groupe Servier. Allez savoir pourquoi, celui-ci jugeait la mention "accusatoire, grave, inexacte et dénigrante"... Mais il ne faut jamais désespérer de la Justice, dans notre beau Pays : en janvier 2011, le jugement fut annulé par  la Cour d'appel de Rennes. Et le sous-titre reprit sa place.
Oui, combien de morts ? Peut-être vous souvenez-vous de cette déclaration de Servier, le 8 janvier 2011, lors de la cérémonie des voeux devant son personnel, à moitié rassuré : "Le Mediator, ce n'est que trois morts"... Vous me direz que trois c'est déjà beaucoup, sans doute trois de trop et que le "que" peut paraître choquant. Vous êtes des gagne-petit, des pisse-vinaigre, des rabat-joie. Bon d'accord, il a été établi que le Mediator (Rapport IGASS Janvier 2011) n'avait pratiquement aucun effet thérapeutique pour les indications retenues par l'AMM. Mais trois morts, avouez que c'est peanuts au regard de ce  que le Mediator a rapporté au Groupe ! Juste un léger effet indésirable, un dommage collatéral parfaitement négligeable. Vous n'allez quand même pas nous en chier une pendule !...

Sauf qu'à mesure que le temps passe, on découvre peu à peu que le Mediator est soupçonné d'avoir déjà provoqué des centaines,  voire des milliers de décès, sans parler des victimes toujours en vie mais lourdement handicapées. Le 16 novembre 2010, l'AFSSAPS, qu'on ne peut pas soupçonner de "charger la barque", rendait public le chiffre de 500 décès a minima, avec 3 500 personnes en cours d'hospitalisation. Sans mentionner cette autre étude, pourtant effectuée à sa demande, qui fait état d'une "fourchette" de 1 000 à 2000 décès à court terme (Le Figaro.fr 17 décembre 2010). Des estimations non démenties depuis. En février 2011, une étude publiée par Pharmacoepidemiology & Drug Safety a estimé problable le chiffre de 3 100 hospitalisations et au moins 1 300 morts par valvulopathie entre 1976 et 2009 en France. Plus récemment encore, le 12 avril 2013, un rapport de trois experts mandatés par le Parquet de Paris conforte ces estimations (Libération.fr 12 avril 2013).

"Un crime presque parfait"... Irène Frachon n'y est pas allée par quatre chemins le 23 mai, devant le tribunal de Nanterre (letelegramme.com). Vous allez voir que Servier va finir par l'attaquer en diffamation. Il n'est pas à ça près, ce "Grand Français"... Bon, vous connaissez la formule : tant qu'il n'est pas condamné, il est "innocent". C'est la loi de la "présomption d'innocence", respectons-la. Mais rien ne nous empêche  de dire la répulsion qu'il nous inspire déjà. Sarkozy avait raison : son histoire, "c'est une grande histoire française riche de leçons"... Des leçons qu'il faudra bien tirer. Non seulement à l'égard de requins avides qui se font passer pour des bienfaiteurs de l'humanité, dévoués à la cause de leurs concitoyens. Une espèce dont Servier n'est pas le seul représentant. Mais aussi pour tout ce qui et tous ceux qui, de près ou de loin, participent de ce système pourri. Dans cette affaire du Mediator, pourquoi les médecins ont-ils prescrit ce poison comme "coupe-faim", en dépit du bon sens ? Comment et pourquoi les autorités sanitaires, alertées depuis longtemps, ont-elles mis si longtemps à prendre des décisions si tardives ? De quelles "complicités" Servier a-t-il bénéficié ? Pour quelles contreparties et au service de quels intérêts ? Il va falloir, décidément, une suite à ce Billet. Elle est déjà dans les tuyaux. Et Servier dans la seringue...

A suivre...




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        (Eh ben oui, maintenant je sais même mettre des vidéos en ligne)

Assurance maladie et couverture complémentaire : La Sécu sauce ANI 

Mardi 21 mai 2013
Ceux qui s'intéressent à la Santé savent qui est Claude Le Pen. Professeur de sciences économiques, directeur du Master d'Economie de la Santé à Paris-Dauphine, président du Collège des économistes de la Santé, auteur d'ouvrages remarqués : Santé : L'heure des choix, Desclée de Brouwer, 2007 (avec le Professeur Didier Sicard, Président du comité national d'Ethique) ; Où va le système de santé français ?, Editions Prométhée, 2010 (avec le Professeur André Grimaldi). On va revenir sur ce qu'il dit à propos du volet "Complémentaire santé" de l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, tel que traduit à l'article 1er de la loi relative à la sécurisation de l'emploi, votée le 14 mai 2013. ce qu'on appelle l'ANI Santé. Et, si cette entrée en matière un peu austère vous a mis(e) d'une humeur de chien(ne), cliquez ici, cela vous déridera peut-être : ANISANTE... C'est fait, vous avez ri ?
            Claude Le Pen
                                                      Les Echos 12.11.2012
Privatisation rampante

Bon, alors maintenant, vous pouvez lire ces deux articles du Professeur Le Pen dans Les Echos. De quoi vous replonger dans la morosité. Déjà, rien que les titres, ça vous donne des frissons ! Résumons ce qu'il dit :

D'abord, que la généralisation de la couverture complémentaire ne pourra qu'entraîner une accélération des transferts en provenance du régime obligatoire, transferts qui ont déjà représenté 2,4 milliards d'euros par an sur les dix dernières années. Et que ce mouvement peut parfaitement s'analyser comme une forme de privatisation, même partielle, de l'assurance maladie.

Ensuite, qu'on est en train de construire un modèle d'assurance maladie juxtaposant une Sécu de type "beveridgien" universelle et étatisée qui va se spécialiser sur le "gros" risque et une Sécu de type "bismarckien", paritaire, professionnelle et corporatiste, qui héritera du risque non "vital" (pas nécessairement "petit"). Avec, en prime, une couche d'assurance individuelle (ou pas d'assurance du tout) pour ceux qui ne bénéficieraient pas de cette dernière. Ce qu'il appelle un changement d'univers. Ce que d'autres ont appelé un "tsunami". Bref, une révolution, quoi !...
                                                        Les Echos  8 avril 2013
Gauche anticapitaliste

Lisez aussi ce qu'en disent André Grimaldi et Frédéric Pierru dans Marianne. On n'est pas loin de la position de la Gauche anticapitaliste, qui dénonce, comme la CGT, le Front de Gauche et le Parti communiste (horresco referens !), l'élargissement progressif du champ des complémentaires, dans une stratégie qui accompagne la tendance de la Sécurité sociale à réduire son champ d'intervention. Le Professeur Le Pen, qui connaît mon sens de la provocation, me pardonnera cet odieux rapprochement...

Une construction corporatiste pour acheter la paix sociale

D'autant qu'il nous trouble davantage encore, lorsqu'il pointe les caractéristiques de cette réforme, dont les modalités reproduisent ce qu'il pouvait y avoir de contestable dans le processus de la création de la Sécu de 1945 : "Comme en 1945, on couvre les seuls salariés, en ignorant les retraités, les étudiants, les indépendants, les précaires, etc. Comme en 1945, on crée une protection sociale corporatiste en reconduisant au niveau des branches le schéma inégalitaire des « régimes » de sécurité sociale ; comme en 1945, on fait disparaître le choix de l'organisme assureur au niveau de l'entreprise - caractéristique du modèle bismarckien - au profit d'un quasi-monopole institutionnel, national en 1945, par branches en 2013 ; comme en 1945, on fait porter le poids du financement de l'assurance-maladie sur les entreprises, alors que le risque maladie est plus adéquatement financé par des prélèvements communautaires de type CSG ou TVA ; comme en 1945, on expulse de leur métier les mutuelles d'entreprise, qui ont porté la solidarité locale depuis le milieu du XIXè siècle ; comme en 1945, on confie la gestion de cette protection sociale aux partenaires sociaux dans le clair dessein d'« acheter » la paix sociale, pour la reconstruction du pays en 1945, pour la modernisation du marché du travail et la reconquête de sa compétitivité en 2013"... Ben mon colon !

                                  
Pascal Beau et Espace Social Européen

Vous devez le connaître aussi : Pascal Beau a beau ne pas être "professeur", il est lui aussi un économiste de la santé reconnu. Journaliste, il est le fondateur et directeur de l'incontournable publication Espace Social Européen, qui a  fêté son 1 000è numéro en février 2012. En mai 2007, il avait sorti un "hors-série" remarqué, sous forme de Lettre ouverte au ministre de la Santé. Vous le trouverez sur Price Minister... Lisez d'abord le dossier complet qu'il consacre à cette affaire de l'ANI Santé. Précédé d'un édito qui se conclut ainsi : "Le risque santé complémentaire requiert une toute autre vision que l'accord collectif classique. Et on ne parle pas du fond : les enjeux de santé publique. Tout a changé depuis les premiers pas du paritarisme de prévoyance, tout doit encore changer dans la dynamique des complémentaires santé. La moralisation nécessaire des pratiques des uns et des autres justifiait une mise à plat préalable du dossier dans ses multiples aspects. Trop tard ?"...
          Pascal Beau
Espace Social Européen N° 1024 22 mars 2013 Edito Pascal Beau
Une bataille de chiffonniers pour le partage du gâteau

Et Pascal de poursuivre : " Cette affaire de l'ANI santé sera peut-être une catastrophe pour la conception du système social, alors qu'elle ne devrait être qu'un progrès pour beaucoup"... Il veut parler de la fameuse "clause de désignation", dont il craint, avec beaucoup d'autres, qu'elle conduise au déclin du mouvement mutualiste, dans un "marché" capté par les plus gros opérateurs de prévoyance.

Ah, la "clause", il n'est question que d'elle ! Par qui et dans quelles conditions les opérateurs seront-ils choisis ? Au niveau de la branche professionnelle ou à celui de l'entreprise ? Une vraie bataille de chiffonniers ! Pas facile à résumer... Déjà, le texte de l'accord du 11 janvier ne brillait pas par sa clarté, disant une chose et son contraire, pour contenter tout le monde : Liberté de choix par les entreprises, mais possibilité de recommandation par la branche...  La première défendue par le MEDEF, la seconde par les syndicats (et ... l'UPA). Ce principe de la recommandation fut repris par le projet de loi voté en première lecture le 9 avril, supprimé par un amendement du Sénat le 17 avril (grâce aux voix d' Europe Ecologie-Les Verts...), rétabli par la Commission mixte paritaire le 23 avril et entériné définitivement par la loi votée le 14 mai... Sauf que les sénateurs UMP en ont saisi le Conseil constitutionnel, dans un recours du 15 mai, au nom des principes de liberté et d'égalité... Et en s'appuyant, notamment, sur l'Avis du 29 mars 2013 de l'Autorité de la Concurrence, qui recommande de "faire primer la liberté de l'employeur dans le choix de l'organisme d'assurance collective". Réponse attendue, polémique garantie...

Cette querelle, d'allure un peu byzantine, passera sans doute au-dessus de la tête de l'honnête citoyen. Les enjeux ne le concernent guère, dans une affaire où les parties prenantes défendent leur fromage. L'Autorité de la concurrence en fait un résumé, dans son communiqué de presse du 29 mars : "Cette situation est de nature à avantager les Institutions de prévoyance, gérées paritairement par les partenaires sociaux eux-mêmes, qui représentent déjà 90 % des désignations au détriment des mutuelles et des sociétés d'assurance"... Et ce n'est pas le personnel de la Sécurité sociale qui dira le contraire, avec un accord de  régime complémentaire collectif conclu en 2007, faisant la part belle à Malakoff-Médéric et Ag2R.
Espace Social Européen N° 1024 22 mars 2013 Dossier pdf
De la Sécu à deux vitesses à la Complémentaire à trois vitesses

Le terme de "fromage" peut paraître outrancier. Il ne choquera que les lecteurs occasionnels de ce Blog, les autre sont habitués... Mais cette réforme implique quand même le transfert d'au moins 35 milliards d'euros de cotisations des contrats individuels vers les contrats collectifs. Si ça n'est pas un "fromage", c'est quand même un sacré pactole ! Sans parler des enjeux de pouvoir pour les uns et les autres, sans rapport aucun avec les vrais enjeux, ceux qui concernent les assurés sociaux et l'ensemble des citoyens. Alors, même si l'on n'éprouve pas un engouement  forcené pour les sociétés d'assurances et leurs courtiers, ayons au moins une pensée pour les mutuelles petites et moyennes dont on voit mal comment elles survivront dans cet environnement, qui verra forcément des luttes au couteau auxquelles les faibles ne survivront pas, sur fond de concentration capitalistique sans précédent.

Et puis, on peut nourrir quelques inquiétudes sur  le niveau de prise en charge que contiendront les accords collectifs à venir. Mais on sait déjà qu'à défaut d'accord d'entreprise au 1er janvier 2016, l'accord national prévoit une couverture collective minimale qui ne brille pas par sa générosité : 100 euros par an pour le "forfait optique", 125% de la base Sécu pour les prothèses dentaires (soit 134 euros pour une couronne facturée 600, lorsque la CMU-C en rembourse 30 de plus...). Combien de "ressortissants" devront-ils se contenter de cette couverture "minimale" ? Plus généralement, les accords offriront nécessairement des garanties différentes selon les entreprises, avec les inégalités qui en découleront entre les salariés. Et ceux qui en auront les moyens se verront offrir une "sur-complémentaire". On n'en sortira pas !...

Une pensée pour les laissés-pour-compte

Pour finir, citons Jean-François Chadelat, président du Fonds CMU, qu'il a dirigé avant de devenir le Médiateur de la MSA  le 1er janvier 2013 : "Ceux qui ont vraiment et absolument besoin d'une complémentaire, c'est-à-dire la population des deux ou trois premiers déciles de revenus, sont les grands oubliés de cet accord. On pourrait dire qu'il est normal que le Fonds CMU prie pour sa propre chapelle. Il n'en reste pas moins que je ne peux que regretter que cette “généralisation” vienne grever les Finances de la Sécurité sociale et de l'Etat d'environ 2,5 milliards d'euros soit dix fois plus que les sommes décidées dans le Plan pluriannuel contre la pauvreté adopté le 21janvier dernier. Sans doute, les retraités, les jeunes, les pauvres, les sans-emplois ne constituent-ils pas une priorité au regard des signataires de l'accord. Je le regrette et je ne peux que m'interroger sur cet article dans la mesure où il constitue une rupture manifeste d'égalité devant les charges publiques, tant que l'on n'aura pas revu (au bénéfice des plus démunis) les règles d'exonérations fiscales et sociales des contrats collectifs". (Références N° 51 Avril 2013). Il existe, bien sûr, la CMU complémentaire (CMU-C) et l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), dont les plafonds de ressources vont d'ailleurs être augmentés de 7 % au 1er septembre prochain (merci Jean-Marc...). Notre ami Chadelat n'en parle pas. Mais il reste que le montant de ces plafonds (661 euros/mois pour une personne seule en ce qui concerne la première, 893 euros pour la seconde) laisse sur la touche une part importante de gens qui n'en sont pas moins "pauvres", mais échappent à toute aide. Et quand on parle d'aide, on parle d'assistance. Etait-ce bien là l'ambition des fondateurs de la Sécu ?



Il s'agit certes d'un accord interprofessionnel et on ne peut pas demander aux partenaires sociaux plus qu'ils ne peuvent, en s'occupant d'autre chose que  de la seule population qui les intéresse, celle des salariés en activité, comme déjà ils l'avaient fait en 1945. Mais c'est bien là où le bât blesse et où la question se pose, lorsqu'ils sont chargés de ce qui les dépasse, dans un domaine qui ne concerne pas que les "travailleurs", mais l'ensemble de la population. Sécu à deux vitesses, là aussi, dont ils entérinent le déclin, sans le vouloir, bien sûr... Alors, tant mieux pour ceux qui trouveront leur compte dans ces nouvelles dispositions. Ne crachons pas dans la soupe, même si le brouet est peu appétissant. Et tant pis pour les autres, qui finiront peut-être, un jour, par demander des comptes.

                                                 


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"Printemps des cons". Contes et mécomptes


Mercredi 15 mai 2013


Dutronc aimait les filles. Et moi, j'aime les cons. Et pas seulement ceux de chez Castel, Renault ou Citroën. Pas que celui d'Irène. Non, je les aime tous. J'en viens même parfois à ne pas me haïr, c'est dire. Beau et con à la fois. Vieux con des neiges d'antan... Coluche le savait bien : "On est toujours le con de quelqu'un". Et Jean-François Deniau, alors président du Conseil général du Cher, avait raison : "Parfois, les cons sont utiles. Ils mettent en valeur". Imaginez la vie sans eux : Des magistrats sans mur, Sarkozy sans Salon de l'Agriculture, Veber sans son dîner... Brassens sans Le Blason, Le Roi, ni même Le temps ne fait rien à l'affaire. Le groupe Téléphone sans Les Ils et les Ons. Ou encore Touchez pas au grisbi sans Albert Simonin et ses "cons sur orbite", Gainsbourg sans Requiem, l'UMP sans Copé...

Et Les Tontons flingueurs ou Le Cave se rebiffe sans les saillies d'Audiard ! Avec une pensée particulière pour celle-ci, évidemment : "Si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, tu finiras sur la paille" (Jean-Paul Belmondo dans Un singe en hiver). Que Fillon, paraît-il, aurait aussi servie à son pote Jean-François...

Mais assez déconné ! Revenons aux "assurances sociales", puisque c'est le sujet...
                leplus.nouvelobs.com
            francetvinfo.fr


Oui, j'avoue qu'il m'arrive de partir d'assez loin. Et vous allez me dire : "Eh con ! Où veux-tu en venir, avec tes histoires à la con ?"... Alors, voilà : Il m'est apparu qu'il ne serait pas con de jeter un regard rétrospectif sur ce que nous avait promis ou annoncé le candidat Sarkozy en 2007. Et de comparer avec les résultats au terme des cinq ans. Juste parce qu'il est peut-être un peu prématuré d'appliquer le même traitement aux promesses du candidat Hollande après seulement un an. Mais je vous donne rendez-vous en 2017, pour le bilan Hollande. Inscrivez-vous à ce Blog, pour ne pas manquer cela... Naturellement, ce relevé n'a rien d'exhaustif et se limite à quelques sujets relevant de la protection sociale...


MON PROJET PDF
FAMILLE - Allocations au premier enfant

"J'aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j'allouerai des allocations familiales dès le premier enfant. La garde des enfants ne sera plus un obstacle au travail des femmes. J'allouerai des droits sociaux et des droits à la retraite à ceux qui se consacrent à l'éducation de leurs enfants".

La "prestation d'accueil du jeune enfant" (PAJE) a été créée par la loi du 18 décembre 2003 (Livre 5 Titre 3 Code SS). Elle comprend une prime à la naissance, une allocation de base, un complément de libre choix d'activité et un complément de libre choix du mode de garde. Limitée dans le temps et soumise à conditions de ressources, cette prestation ne fait pas partie des "allocations familiales" stricto sensu. Où sont les droits nouveaux ?
FAMILLE - Droits de succession

"Je supprimerai les droits de donation et de succession pour que les familles, à l'exception des plus riches, puissent transmettre librement le fruit du travail de toute leur vie à leurs enfants".
La loi 2007-1223 du 21 août 2007, dite "Loi TEPA" a procédé à un important allègement des droits de succession, faisant passer à 95 % le nombre de successions exonérées. Selon un rapport du Sénat de 2002, près de 90 % des transmissions entre époux et 80 % en ligne directe ne donnaient déjà pas lieu à perception de droits. De telle sorte que la réforme a exonéré des successions d'un montant très supérieur à la moyenne.
HANDICAP - Allocation aux adultes handicapés (AAH)

"Les personnes handicapées doivent pouvoir vivre décemment, ce qui est actuellement impossible avec une allocation adulte handicapé (AAH) de 621 euros. Il n'est pas acceptable que le montant de l'AAH n'atteigne même pas le seuil de pauvreté de 788 euros. Plus de 700 000 personnes sont concernées. Afin de remédier à cette situation, je propose de revaloriser l'AAH de 25 %".

Au 31 décembre 2007, le montant de l'AAH était de 621,27 euros. Il est, à ce jour, de 776,59 euros. Soit une augmentation de... 25 %. Mais le propos ne disait pas si c'était hors inflation... Celle-ci prise en compte, l'augmentation en euros constants ressort à 16,7 %. On observera également que l'augmentation intervenue laisse le montant de l'AAH très au-dessous du seuil de pauvreté au sens de  l'INSEE (964 euros en 2010 pour une personne seule)...
HANDICAP - Quota de 6 % d'embauches

"Je suis choqué lorsque des entreprises préfèrent payer une amende plutôt que d'embaucher au moins 6 % de personnes handicapées et scandalisé que les administrations ne respectent pas ce quota.... Je ferai tout pour que le seuil de 6 % soit atteint. Pour les services de l'Etat, ce sera pour moi un impératif. J'entends bien convaincre aussi les collectivités locales et les entreprises..."
Les plus récents chiffres officiels sont ceux de la DARES dans son Bilan 2010.  Seuls 9 % des établissements assujettis sont couverts par un accord relatif à l'emploi de personnes handicapées. Dans les autres, les bénéficiaires représentent 2,8 % des effectifs en "équivalent-emplois à temps plein" (EQTP). La proportion des établissements employant un bénéficiaire a augmenté, pour atteindre 69 %. Cette augmentation est mise essentiellement sur le compte des incitations introduites par la loi du 11 février...2005. Et les comparaisons sont faussées par les modifications apportées par la loi du 1er décembre 2008 dans le mode de décompte des bénéficiaires (suppression de la règle des 6 mois de présence minimum, élargissement de la liste des stagiaires éligibles...). Enfin, en 2010, le taux d'emploi des personnes handicapées dans la fonction publique dépassait à peine les 4 %, contre 3,99 % en 2009. Loin du compte...
PRELEVEMENTS OBLIGATOIRES

"La baisse des prélèvements obligatoires, c'est une priorité pour moi... Si on réduit de 4 points nos prélèvements obligatoires, on rend 68 milliards d'euros aux français : 2 000 euros rendus aux Français par foyer et par an, y compris les retraités, et 4 900 euros par foyer si on s'en tient à la France qui travaille..."

Prenons les chiffres de l'INSEE : En 2006, le taux des prélèvements obligatoires était de 44,1 % et de 43,4 % en 2007. Une (très...) légère baisse qui se confirme en 2008 : 43,2 % et en 2009 : 42,5 %. Mais on repart ensuite à la hausse : 42,5 % en 2010 et 43,9 % en 2011. Pour atteindre 44,9 % en 2012.
La baisse des prélèvements obligatoires était sûrement une "priorité" du candidat de 2007. Mais force est de constater qu'elle ne s'est pas concrétisée...
SANTE - Franchise médicale

"La logique de ma proposition est la responsabilisation de tous sur l'ensemble des soins... Je souhaite créer une franchise raisonnable et juste afin de responsabiliser les patients.... Avec la franchise que je propose, qui n'est pas une franchise à l'acte mais une franchise annuelle, chacun sera amené à contribuer personnellement, mais de façon modeste, à sa propre consommation. Cela me paraît être la moindre des choses pour un bien aussi essentiel que la santé... Cette franchise se substituera au "1 euro" forfaitaire et aux augmentations régulières du ticket modérateur...".
Cette franchise globale et annuelle n'a jamais vu le jour. En revanche, la loi du 19 décembre 2007 de financement de la sécurité sociale pour 2008 (Article L322-2 (III) code SS) a institué une franchise médicale de 0,50 euro par boîte de médicament, 0,50 euro par acte médical et 2 euros par transport sanitaire. Cette franchise est plafonnée à 50 euros par an, avec certains cas d'exonération. Elle s'ajoute à la participation forfaitaire d'un euro créée par la loi du 13 août 2004. Il ne s'agit plus de "responsabiliser" les patients, mais de "constituer une ressource nouvelle pour financer le plan de lutte contre la maladie d'Alzheimer, celui contre le cancer et le doublement des structures de soins palliatifs..." (Le Figaro).
SANTE - Lunettes et prothèses dentaires

"Les remboursements pour les lunettes et les prothèses... Le problème d'hygiène dentaire, c'est un problème de santé publique, on ne peut pas dire que c'est du confort, on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque, et pareil pour les lunettes, ce n'est pas une question de mode, c'est une question de nécessité. J'ai proposé qu'on porte les remboursements jusqu'à 50 %"...
Cela se passe presque de commentaires... Pour les verres de correction, lire mon Billet ci-dessous du 30 avril dernier. Le verre blanc simple foyer remboursé 7,22 euros; le verre blanc multifocal ou progressif remboursé 25,98 euros. Pour des tarifs du commerce optique supérieurs d'au moins dix fois. Quant aux prothèses dentaires, c'est à peu près du même ordre, avec des tarifs de remboursement qui n'ont pas évolué depuis mars 1988. Exemple de la couronne métallique ou céramo-métallique : cotée SPR 50, soit un remboursement de 75,25 euros (60 % du tarif opposable), facturée en moyenne 600 euros... Et rien n'a changé, sauf la différence entre la facture et le remboursement.
VIEILLESSE - Assurance "Dépendance"

"Je veux créer une cinquième branche de la protection sociale pour prendre en charge la dépendance. Nous devons créer un organisme dont le but sera de préparer notre pays au défi de la dépendance... Cet organisme aura des ressources spécialement affectées. C'est la seule manière de garantir que nous consacrons assez d'argent à cet enjeu..."
Une vraie Arlésienne, cette "cinquième branche consacrée à la dépendance"... On en est toujours à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) créée, en même temps que la "Journée de solidarité", par la loi du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Un organisme d'une petite centaine d'agents, sans réseau territorial propre, qui agit localement au travers d'acteurs sur lesquels elle ne dispose d'aucune autorité. En 2011, elle a exécuté un budget de 19 549 M. d'euros, dont 8 337 M. pour les personnes âgées, un secteur où la sous-consommation des crédits (270 M. d'euros en 2011) fait l'objet de critiques récurrentes. Rapport d'activité 2011.
VIEILLESSE - Minimum vieillesse

"J''augmenterai de 25 % le minimum vieillesse..."


Depuis 2007, le "minimum vieillesse" s'appelle "allocation de solidarité aux personnes âgées" (ASPA). Promesse tenue pour les personnes seules : de 621,27 euros/mois en 2007 à 777,17 euros/mois en 2012. Mais pas pour les couples, en raison de revalorisations moindres. Pour ceux-ci, le montant est passé de 1 114,51 euros/mois à 1206,59 euros, soit une augmentation de 8,26 % sur cinq ans, couvrant tout juste l'inflation. Ce qui concerne quand même plus de 170 000 allocataires...
Allez, j'arrête  là. "On pouvait dire, oh Dieu ! bien des choses en somme"... Mais c'est déjà beaucoup et assez assommant. En tout cas bien assez pour décrire un bilan au total peu glorieux. Encore n'était-ce pas le lieu de parler ici des engagements du 8 mars 2007 sur la "République exemplaire" et la "Démocratie irréprochable" (Le Monde). Il est vrai qu'un candidat qui ne promettrait rien n'aurait aucune chance d'être élu. Et qu'un candidat élu qui tiendrait toutes ses promesses a encore moins de chance d'exister... Au point où nous en sommes, exigeons simplement qu'il ne prenne pas les Français pour des... cons. Pas plus après qu'avant les élections. Sauf à nous rajeunir de  45 ans (eh oui !) avec les "élections, piège à cons". Et si les cons de Copé, selon sa définition, " c'est nous, c'est vous, ce sont les justiciables, ce sont les victimes, c'est le peuple français", ça ne date pas seulement de ce printemps pourri. Il reste à espérer que son ambition ne verra pas le jour, un beau jour de printemps, d'être le chef d'escadrille... si un jour nous volons. Voilà, en tout cas, de quoi alimenter les conversations du dîner ou de l'après-dîner. Un dîner de cons, évidemment...

                                         

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Arrêts de travail. "Fraudeurs au pilori" ?...

Lundi 6 mai 2013

Comment, vous ne connaissez pas Joseph Delachenal ? C'est donc que vous ne suivez pas l'activité parlementaire. Député de la Savoie, il pourfend la gabegie et les abus qui ruinent la Sécurité sociale. Ecoutez-le, à la tribune de l'Assemblée nationale :  "La Sécurité sociale souffre de l'irresponsabilité des caisses, une plaie béante qui la menace terriblement... Il y a un accroissement anormal des frais médicaux et des indemnités journalières. Cela tient à trois raisons. D'abord, les maladies fictives. Nous connaissons tous les employés qui, désirant passer huit jours chez eux, vont trouver un médecin pour obtenir un arrêt. Puis, les accidents insignifiants, pour lesquels autrefois on se bornait à un simple pansement, tandis que maintenant on va chez le médecin. Enfin, les incapacités de travail prolongées. Un médecin donnera facilement quinze jours de repos pour une petit grippe, un léger accident...".

Bon d'accord, c'était le 10 juillet 1949. De quoi vous excuser. Mais avouez que ce député, excellent chrétien (donc anticommuniste), quoique républicain, était un visionnaire. (Assemblée nationale). Quatre ans seulement après la création de la Sécurité sociale, il avait tout compris de ce qui la précipitait déjà vers les abîmes où elle sombre aujourd'hui... Il a d'ailleurs sa rue à Fréteville, 500 habitants, pas loin de Chambéry. "A Joseph Delachenal, la Savoie reconnaissante"...





            Sud-Ouest. 24 avril 2013
Des rapports à la pelle...

Le débat est aussi vieux que la Sécu elle-même. Vous avez sous les yeux, un peu plus haut, deux titres de la presse. Le premier, de novembre 2003, à propos d'un rapport de l' IGASS (156 pages). Le second, d'avril 2013, à propos d'un rapport de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. (272 pages). Je m'arrête un instant. Amie lectrice, ami lecteur, arrêtez-vous aussi. Prenez le temps d'observer que j'ai enfin trouvé comment transformer le lien URL en libellé texte. La fierté me submerge ! Mes amis sont bouche bée. Mais jusqu'où ira-t-il, s'extasient-ils...

Dix ans après, les mêmes constats, les mêmes explications, les mêmes propositions... Le "problème" reste entier ! Désespérant, non ? Regardez ce que nous disait le rapport de 2003 : "Les dépenses d'indemnités journalières ont augmenté de 46 % entre 1997 et 2002...". Et ce que nous dit celui de 2013 : "Les dépenses d'indemnités journalières ont progressé de 47 %  entre 2000 et 2010...". Ajoutant expressément, à propos du premier : " Force est de constater que cette analyse, dix ans après, est toujours d'actualité". Accablant...

Entre les deux pourtant et sans désemparer, les "experts" n'ont pas cessé de carburer. L'ANAES (Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé) en septembre 2004 - à laquelle a succédé la Haute autorité de santé (HAS) en 2005 - avec Arrêts maladie : Etat des lieux et propositions pour l'amélioration des pratiques. Le HCAAM (Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie) en février 2008, avec Note sur les prestations en espèces hors maternité et accidents du travail. On en oublie sans doute. De toute façon, n'en lisez qu'un, vous aurez lu les autres...Jusqu'à la "Communication" de juillet 2012 adressée par la Cour des comptes à la Mission d'évaluation et de contrôle des lois de financement de l'Assemblée nationale (MECCS) sur les arrêts de travail et les indemnités journalières, à la demande d'icelle : (158 pages). Et donc, pour finir, ce rapport d'avril 2013 de la Commission des Affaires sociales. Ouf !

                        (Rapport IGASS 2003)
"Les fraudeurs au pilori..."

Ah, les fraudeurs ! Il en resterait donc, sauf en Loire-Atlantique ? Cela fera pourtant dix ans que la "chasse" est ouverte, les piloris dressés, les gibets érigés. Puisqu'on nous dit qu'au moins 12 % des arrêts seraient injustifiés. Sans que l'on sache bien ce qui permet de le dire. Le "doigt mouillé", sans doute...

Cela a commencé avec la loi du 18 décembre 2003 de financement de la Sécurité sociale pour 2004. Son article 42 instaure l'obligation pour le médecin-contrôleur de l'employeur qui estime un arrêt injustifié de le signaler sans délai au service du contrôle médical de la caisse concernée, à charge pour icelui d'en tirer les conséquences utiles. (Article L315-1 II du code de la sécurité sociale). Un dispositif renforcé, à titre expérimental, par la loi du 19 décembre 2007 de financement de la sécurité sociale pour 2008. (Loi n° 2007-1786, article 103). Une expérience conduite dans une dizaine de caisses, dont celle de Reims. D'où l'article ci-contre, avec le déplacement d'Eric Woerth en personne et de Frédéric van Roekeghem soi-même. Fini de rigoler, cette fois on allait voir ! On n'a jamais rien vu...

Ce fut aussi la loi du 13 août 2004, modifiée plusieurs fois et en dernier par celle du 20 décembre 2010 (Article L162-1-15 du code de la Sécurité sociale), instituant la "mise sous accord préalable" , sur décision du directeur de la caisse, des prescriptions effectuées par un médecin outrepassant certaines normes.

Pour couronner le tout, La CNAMTS inventa DIADEME, une application qui s'est lentement généralisée jusqu'à ces derniers temps. Une vaste entreprise de gestion électronique des documents (GED), avec numérisation de 500 000 documents/jour et 120 millions de pages/an !...  Devant la MECSS, Olivier de Cadeville, directeur délégué aux opérations à la CNAMTS, ne s'en est pas caché : "Nous demandons aux organismes de couvrir d'abord les processus de prestations en espèces...". Et Van Roekeghem d'ajouter, torse bombé : "DIADEME est un des plus grands projets de ce type en Europe : toutes les pièces sont scannées, ce qui permet au logiciel de signaler au service médical les arrêts courts mais répétés...". Savez-vous que cela s'appelle le "data mining"? Ah, Sacré Frédéric ! Ancien ingénieur général de 1ère classe de l'armement, il est un peu à la Sécu ce que Frédéric II,  qu'on appelait lui "Le Grand", pouvait être à la Prusse. Prenons quand même le temps de lire ce que disaient les représentants CGT et CGT-FO au comité d'entreprise de la CPAM du Val d'Oise, le 31 août dernier. (Avis du CE sur la mise en oeuvre de DIADEME). Mais ce sont des grincheux ! Ne savent-ils donc pas que l'application a valu à la CNAMTS le 1er prix des "e-Doc Awards 2010" ?... Tellement efficace que la Cour, dans sa Communication précitée, déplore "un délai de paiement des indemnités journalières de 38,5 jours en moyenne, qui peut être considérablement supérieur pour des situations particulières qui concernent en général les salariés les plus précaires"...






                L'Ardennais. 12 septembre 2008                                                                  
L'assurance maladie sur la sellette...

Rabat-joie sont aussi les auteurs des rapports. Ne citons que les titres, le reste serait trop long et bien trop accablant : "Un dispositif insatisfaisant... Une dépense insuffisamment maîtrisée... Une évolution préoccupante... Des contrôles trop peu sélectifs, très inégalement mis en oeuvre... Une lutte contre la fraude à reconsidérer... Des actions de régulation à accentuer... ".

Et, si l'on avait une dent contre la CNAMTS, on irait jusqu'à citer Antoine Durrelman, président de la sixième chambre de la Cour des comptes, lors de son audition par la MECSS, le 22 novembre 2012 : "Il faudrait responsabiliser davantage les directeurs de caisse et leur donner une certaine liberté sur le ciblage des efforts... La CNAMTS a bien proposé un référentiel de prescription des arrêts de travail, mais elle n'est pas allée au bout de sa démarche... Nous avons été très étonnés de la faiblesse des fraudes détectées et du nombre de sanctions financières auxquelles elles ont donné lieu : 300 sanctions en 2010, 400 en 2011. Surtout, la plupart des fraudes ne donnent pas lieu à des suites contentieuses : l'assurance maladie ne se montre pas assez ferme... la CNAMTS ne procède pas à une recherche ciblée de la fraude. Elle ne se pose notamment pas du tout la question de la fraude organisée... C'est un point sur lequel nous ne constatons guère de progrès de la part de l'assurance maladie...Elle se satisfait des résultats de ses contrôles, sans chercher à pousser plus loin ses investigations, se contentant de "ramasser les pommes tombées" au lieu de secouer l'arbre... L'assurance maladie qualifie de "courte durée" les arrêts inférieurs à quarante-cinq jours... Or le taux de contrôle des arrêts de courte durée est seulement de 4 %... Au-delà de six mois, les arrêts sont systématiquement contrôlés et doivent l'être à nouveau au bout d'un an, ce qui n'est pas toujours systématique, semble-t-il, surtout qu'aucun contrôle n'est effectué en réalité après un an... Le coût de la fraude est très difficile à apprécier. Vous trouverez en revanche, dans le rapport, le coût de la complexité de la liquidation. Pour les seules IJ maladie, nous avons estimé le coût des erreurs de liquidation à au moins 50 millions d'euros...". Ce M. Durrrelman est un pisse-vinaigre...

                    Antoine Durrelman
Remettons les pendules à l'heure...

Mais remettons quand même les pendules à l'heure... D'abord, cessons de brandir comme un épouvantail ce pourcentage d'augmentation de 45 % sur dix ans du montant des indemnités journalières servies. Et même ce montant lui-même qui, après tout, ne représente "que" 5 % des dépenses de santé. Retenons aussi cette mise au point de Michel Régereau, président du conseil de la CNAMTS et de l'UNCAM : "Si l'on s'intéresse non pas aux montants mais au nombre de journées d'arrêt indemnisées, celui-ci a diminué de 3 % entre 2002 et 2011...". (Le Parisien du 25 avril 2013).

Ecoutons encore l'excellent Durrelman : "Il faut être conscient que la dynamique des dépenses d'indemnités journalières dépend principalement de l'évolution de la masse salariale et de la structure d'emploi. Même si le plafonnement du salaire à 1,8 SMIC freine légèrement cette tendance, sur le long terme, une partie de l'accroissement de la dépense s'explique par l'indexation automatique sur la masse salariale". Alors, 45 %, oui... Mais, sur les mêmes dix années, le SMIC horaire a augmenté de 38 %, le plafond des cotisations de 35 %, la consultation du médecin généraliste de 31 %. Et la baguette de pain de 48 %. Tandis que le revenu disponible brut des ménages augmentait de... 45 %. Alors, finalement...  Déjà vers 1600, Shakespeare l'avait bien dit. Much ado about nothing...

Car tout augmente, ma p'tite dame ! Ce n'est pas Bartolone qui dira le contraire. Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale, "le parrain de Lassay", comme le surnomme méchamment le Nouvel Obs. Regardez sa maison : il déclare l'avoir payé 350 000 euros il y a dix ans; il paraît qu'aujourd'hui elle en vaut deux millions... (Avouez que celle-ci vous ne l'avez pas vu venir !).






          (Sur la terrasse de Claude Bartolone...)
La crise, le management et la santé au travail...

Certes, la fraude existe et il faut la combattre. Les abus sont réels, il faut les sanctionner. Qu'ils viennent des assurés ou qu'ils viennent des médecins. Après tout ce sont eux qui tiennent le stylo. Ce qui n'a pas échappé à Bérengère Poletti, la rapporteure de la commission, lorsqu'elle souligne la responsabilité des médecins prescripteurs : "Si un médecin généraliste prescrit en moyenne 2 700 jours d'arrêt maladie, les 10 % des plus gros prescripteurs prescrivent à eux seuls 7 900 jours..." Et il n'est sans doute pas normal que la durée moyenne des arrêts soit de 13 jours dans le Var, quand elle n'est que de 2,7 jours en région parisienne...

Amis directeurs et médecins-conseil, encore un effort. Ne vous contentez pas de "ramasser les pommes tombées". Ne vous en prenez pas qu'aux petits, aux obscurs, aux sans-grade, "nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades". Frappez fort, mais frappez haut...

S'il faut remettre les pendules à l'heure, il faut aussi recadrer le problème, en ces temps de crise économique et de mal-être au travail. Un mal-être largement dû à des méthodes de "management" imbéciles. Traditionnellement, les "experts" considéraient que la crise aurait plutôt tendance à faire baisser les arrêts maladie. Mais cette théorie ne tient pas face à l'évidence, rappelée par l'Organisation internationale du travail (OIT) au sein de l'ONU, devant "l'augmentation des pathologies psychosociales liées aux nouvelles formes de stress et de contrainte qui caractérisent la vie professionnelle dans l'économie mondiale". Michel Régereau, déjà cité, ne dit pas autre chose : "On ne peut nier l'impact du rallongement de la durée de vie au travail et donc l'incidence de pathologies de plus en plus lourdes, de même que les liens entre conditions de travail et état de santé...".  Et, dès 2003, dans son rapport précité, l'IGASS mettait les choses au point : "La question de la santé au travail se doit d'être abordée. Cette problématique, quelque peu oubliée, lorsque l'on étudie les arrêts de travail, est pourtant indissociable de leur évolution. Que ce soit l'absentéisme lié à de mauvaise conditions de travail ou la survenance d'accidents du travail, ces données participent de la progression du nombre des arrêts de travail et du montant des indemnités journalières". Voilà qui devait être dit...

Sans vouloir à tout prix manier le paradoxe et la provocation, on pourrait presque se réjouir, en tout cas s'étonner, que les arrêts de travail n'augmentent pas davantage. Et réserver le pilori aux responsables de la crise, plutôt qu'à ses victimes.


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      Centre d'actualités de l'ONU.

Prix des lunettes. Les yeux de la tête et... la peau des fesses

Mardi 30 avril 2013

Que faisiez-vous le mardi 9 avril dernier, en fin de matinée ? Si, comme moi, juste pour ne pas manquer la pétulante Roselyne, vous regardiez le Grand 8 de l'ineffable Ferrari, une vraie Formule 1, vous devez vous souvenir du moment où ces dames, se moquant de Hollande et de la "transparence", ouvrirent grand leur sac. Dans celui d'Audrey Pulvar, deux préservatifs et une carte bancaire sur un compte "régulièrement à découvert", prit-elle grand soin de préciser... Si vous ne me croyez pas, regardez donc ceci :http://www.directmatin.fr/media/2013-04-11/les-preservatifs-daudrey-pulvar-font-la-joie-du-grand-8-436537

Mais je devine votre question : Quel rapport avec le sujet de ce Billet ? Pour les condoms, je ne vois pas...  Mais, pour le compte à découvert, la réponse saute aux yeux. Rappelez-vous, ça remonte à octobre 2012. Le jour où Technikart nous apprit qu'elle avait payé 12 000 euros sa paire de lunettes. Et même 15 000 euros, prétendit Le Canard quelques jours plus tard.  L'achat de cette paire remonterait au temps où elle était encore avec Arnaud Montebourg. On pensait qu'il avait eu l'élégance de lui en faire cadeau, s'agissant de lunettes made in France, par la Maison Bonnet, un grand lunetier français. (Je vous donne l'adresse, pour le cas où ça vous intéresserait : http://www.maisonbonnet.com/).

Mais non, la belle Audrey se sera donc ruinée en les payant elle-même. Ce qui explique bien son compte à découvert... L'affaire émut la France entière, qui prit enfin conscience du poids que représente la dépense de lunettes dans le budget des ménages et comprit mieux pourquoi l'optique constitue la deuxième cause de renoncement aux soins, après les soins dentaires. Une clameur s'éleva.

Marc Simoncini dégaina le premier. Comment, vous ne connaissez pas Marc Simoncini ? Vous ne vous êtes donc jamais inscrit sur Meetic ? Vous devriez essayer : http://www.meetic.fr/. Bref, après avoir créé ce site et fait fortune à la revente, il créa Sensee en 2011, un site de vente de lunettes en ligne dont l'objectif est clair : diviser par deux le prix moyen des lunettes de vue d'ici à 2020. Allez-y voir :  http://www.sensee.com/. Mais ça marche moins fort que le marché de la rencontre, coquine ou pas... La faute à Essilor, qui "verrouille le marché de l'optique et empêche l'arrivée de nouveaux entrants qui pourraient baisser les prix". Il est vrai qu'Essilor, avec ses filiales BBGR et Novacel, accapare en France 70 % du marché. De quoi dicter sa loi... "Une position particulièrement dominante" a pudiquement jugé l'Autorité de la concurrence, en 2009 et 2010... Simoncini pousse le bouchon plus loin : "Si la Sécurité sociale rembourse si peu les lunettes, c'est qu'elle en connaît le vrai prix". Il exagère un peu, faut pas pousser grand-mère...
http://www.lefigaro.fr/societes/2013/03/27/20005-20130327ARTFIG00353-optique-simoncini-accuse-essilor-de-verouiller-le-marche.php.




http://www.staragora.com/news/audrey-pulvar-des-lunettes-a-12-000-euros/453732
Retour à l'essentiel...

Peu importe qu'elle ait fini par se fâcher, en précisant qu'elle n'aurait payé "que" 3 300 euros. On n'en a rien à foutre. Elle se paie ce qu'elle veut, avec les moyens qui sont les siens. On n'est pas jaloux. Et ses lunettes en  écaille de tortue, elle peut se les mettre... sur le nez, ça ne nous dérange pas. (Bonjour quand même Brigitte Bardot...). Et puis, c'est bien connu : "Si quand t'as  50 ans, tu n'as pas de Bonnet, tu as raté ta vie"... Mais elle avait le temps. Née le 21 février 1972, elle n'a que 41 ans... Il lui reste neuf ans pour acheter une Rolex...

Revenons à l'essentiel. Et ne perdons pas notre sujet de vue. L'UFC-Que Choisir vient de publier une étude de 30 pages qui mérite le détour, dont le titre à lui seul résume bien le problème :
http://www.quechoisir.org/sante-bien-etre/systeme-de-sante/professionnel-de-sante/etude-distribution-de-l-optique-examen-a-la-loupe-d-un-marche-juteux.

Le lecteur pressé pourra se contenter du communiqué de presse, pour se faire une idée :
http://www.quechoisir.org/sante-bien-etre/systeme-de-sante/professionnel-de-sante/communique-surcouts-de-l-optique-les-marges-exorbitantes-des-opticiens 

Une étude accablante, qui dénonce des " taux de marge brute de 233 %, et jusqu'à 317 % pour ce qui est des verres. Une augmentation exponentielle des points de vente (+ 47 % depuis 2000), décorrélée de la croissance des besoins de la popuation, qui  aboutit à une sous-productivité du réseau et génère un surcoût de 510 millions d'euros par an, soit 54 euros par paire vendue, à cause des frais fixes qui sont bien sûr répercutés. Les "secondes paires offertes", qui n'ont de gratuites que le nom et plombent la facture des consommateurs de 120 millions d'euros par an. Les dépenses de marketing, qui atteignent le chiffre annuel de 580 millions d'euros"... Un marché de 6 milliards d'euros l'an dernier, en croissance continue...

http://www.leparisien.fr/laparisienne/sante/les-lunettes-vraiment-hors-de-prix-24-04-2013-2754759.php
La faute aux mutuelles ?

Alain Afflelou connaît l'explication : Si les lunettes sont chères, c'est la faute aux mutuelles, qui poussent à la consommation : "A partir du moment où on vous dit que vous avez droit à 300 euros pour acheter une paire de lunettes, vous achetez une paire de lunettes à 300 euros"... Et d'ajouter : "Comme tout le monde fait ça, les mutuelles et les assurances augmentent".

Une seule solution : le déremboursement de l'optique par l'assurance maladie. "Mal voir, ce n'est pas une maladie... La France est, avec la Grèce je crois, le dernier pays d'Europe et du monde occidental à rembourser les lunettes... Partout ailleurs, ce sont des assurances privées."... Etrange vision des choses... Mais on voit bien où il veut en venir, surtout quand il ajoute : " Ailleurs, les gens s'achètent des lunettes comme on s'achète des chaussures. On ne dit pas à la collectivité : il faut me payer des lunettes". Mais alors, pourquoi même invoquer les "assurances privées" ? En connaissez-vous une qui rembourse les chaussures ? Et puis même, croit-il un seul instant qu'elles n'agiraient pas sur le marché pour réguler les prix, tout en faisant assaut d'offres plus alléchantes les unes que les autres ?

Il est fou, Afflelou et ferait mieux de se taire. Le 20 septembre 2012,  la Cour d'Appel de Paris l'a condamné à verser 1 200 000 euros de dommages et intérêts à Optical Center, qui avait porté plainte en 2008 pour concurrence déloyale : un gonflement artificiel des factures pour permettre aux clients d'atteindre leur forfait maximal de remboursement, voire l'obtention d'un remboursement en l'absence de besoin médical. http://www.quechoisir.org/sante-bien-etre/systeme-de-sante/actualite-fraude-aux-mutuelles-alain-afflelou-condamne

Et puis, la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF), dont Afflelou est membre, ne partage pas l'avis de son adhérent, se plaignant au contraire de la "pression des complémentaires pour faire baisser les prix". Faudrait quand même savoir... Etienne Caniard, président de la Mutualité française, y va de son grain de sel : " Au contraire, ce sont les opticiens qui disent : Combien vous rembourse votre mutuelle ? et qui vont au maximum"...

Un léger doute persiste : dans son magazine (N° 514. Mai 2013, pp. 22-23), l'UFC-Que Choisir est d'avis que les "complémentaires" seraient "en partie responsables de la situation". En citant une étude confidentielle de la société Alcimed réalisée en 2011 pour la Direction de la Sécurité sociale : Face au désengagement de l'assurance maladie, "les complémentaires ont vu dans leur niveau de prise en charge des lunettes et des lentilles un vrai facteur différentiel, faisant du remboursement des corrections optiques un "produit d'appel" pour attirer de nouveaux adhérents. En finançant plus de 50 % des dépenses d'optique (5,67 milliards d'euros par an), les régimes complémentaires ont faussé le jeu de l'offre et de la demande"...

Ah c'est sûr qu'on ne peut pas accuser la Sécu de faire monter les prix, quand elle rembourse 1,37 euro le verre blanc simple foyer et 6,22 le verre progressif moyen. Sans parler de la monture à 1,70 euros... A ce niveau-là, ce n'est plus du désengagement, c'est du foutage de gueule. De quoi donner l'idée d'approuver Afflelou ! Que Dieu nous en préserve, si jamais il existe !


http://www.sudouest.fr/2012/10/03/alain-afflelou-contre-les-remboursements-des-lunettes-839088-705.php
Les réseaux de soins mutualistes

Voici l'exemple banal d'un honnête citoyen qui, le grand âge venant, a dû renouveler ses lunettes en octobre dernier. S'il avait dû supporter lui-même la dépense plein pot, il aurait payé 719 euros (179 pour une monture plutôt ordinaire et 540 pour deux verres progressifs à correction moyenne). Heureusement, ce montant est réduit à 734,86 euros, grâce au remboursement de la Sécu (14,14 euros quand même !...). Comme il est, par ailleurs, adhérent mutualiste, il s'est adressé à un opticien partenaire du réseau de soins de sa mutuelle : 10 % de moins pour la monture, 30 % de moins pour les verres, soit une réduction totale de 178,06 euros. Et donc un "reste à charge", hors Sécu, de 526,80 euros. Et un remboursement "mutuelle" de 467,40 euros. Débours final : 89,40 euros... Comme cet assuré a un côté "fouille-merde", il est allé depuis se renseigner chez Afflelou : A monture et verres égaux, il aurait payé 226 euros de plus. Merci Alain. Et merci quand même à la Mutuelle et à son réseau de soins !... Pour un peu, il en viendrait à ne pas regretter les 73,99 euros de sa cotisation mensuelle. Merci aussi Poulet et Le Boulaire (non, vous ne pouvez pas comprendre, sauf si vous êtes du sérail...).
Des évolutions en cours

Tout le monde est conscient du problème posé par le prix des lunettes et le montant des dépenses d'optique en général. Et de la nécessité de mettre en place les moyens d'une régulation. Ces réseaux de soins constitués par les mutuelles (SANTECLAIR, ALIVIA, ITELIS, MMA SANTE, MGEN...) représentent sans doute une partie de la solution. Et les réseaux d'opticiens des grandes enseignes, qui ne veulent pas rater le train, quitte à le prendre en marche, se bousculent désormais pour en faire partie. Au grand dam, il faut le dire, des opticiens indépendants. Et des adversaires de tout poil du moindre réseau de soins ou de santé, au nom de l'indépendance des uns ou de la liberté de choix des autres. Et, surtout, de leurs propres intérêts. Ce qui peut se comprendre...

Le 28 novembre 2012, l'Assemblée nationale a adopté, en première lecture, une proposition de loi "relative au fonctionnement des réseaux de soins créés par les mutuelles et aux modalités de mise en oeuvre des conventions conclues entre les organismes de protection sociale complémentaire et les professionnels de santé". Il s'agit, essentiellement, sous certaines conditions, d'étendre aux mutuelles la possibilité d'instaurer des différences dans le niveau des prestations lorsque l'assuré choisit de recourir à un professionnel de santé, un établissement de santé ou un service de santé membre d'un réseau de soins... Le texte a été transmis au Sénat, la suite est attendue...

On est là sur un sujet explosif qui soulève déjà de violentes protestations et des cris indignés. Naturellement, les médecins libéraux ont déjà gagné : il est expressément stipulé que le projet ne les concerne pas... Mais cette affaire des réseaux de soins méritera, évidemment, qu'on y revienne bientôt.


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                          http://www.frequenceoptic.fr/actualites/marisol-touraine-il-faut-reguler-le-prix-des-lunettes.html

Revenus des médecins. La crise pas pour tout le monde...

Samedi 27 avril 2013

Regardez cette photo. Elle a déjà onze ans. Mille médecins en colère, venus de toute la France, attroupés devant une Caisse primaire d'assurance maladie... Ah le bon vieux temps ! On me dit qu'aujourd'hui les directeurs s'ennuient. Cela ne m'étonne pas. Sans doute n'auront-ils jamais la chance d'être confrontés aux vociférations d'une horde sauvage conspuant un directeur qui avait osé appliquer à trois médecins, les dispositions conventionnelles sanctionnant le non-respect des tarifs. Trois malheureux qui avaient bien du mal à joindre les deux bouts, surtout en fin de mois. Pensez donc : Guère plus de 200 000 euros par an (en 2001, mais quand même !..). Le directeur honni avait un coeur de pierre.

L'affaire commence en novembre 2001. Un mot d'ordre de l'UNOF appelant à la grève des gardes de nuit et de week-end, avec une consigne de fermeture des cabinets à Noël et au Nouvel An; la "grève Courchevel" moquait-on à l'époque. On avait tort de rire... La Présidentielle de 2002 approchait, le moment était venu de se manifester, ça marche à chaque fois. C'est que les médecins criaient misère, avec une consultation à 17,50 euros. Ils veulent 20 euros. Elisabeth Guigou, ministre des Affaires sociales ne mollit pas. Mais le Premier secrétaire du PS, un certain François Hollande, est déjà ramolli. Il parle de la "nécessaire considération morale et financière que les médecins méritent". Un accord du 24 janvier 2002 entre l'Assurance maladie et MG-France porte le tarif à 18,50 euros. Ridicule ! Une coordination nationale des médecins conseille de s'augmenter d'office. Nos trois médecins nantais se posent en exemple. Le terrain idéal  pour jouer les martyrs, persécutés par un directeur plus obtus que les autres. Un directeur traité, parmi bien d'autres grâcieusetés, de "râclure de chiotte, incarnation de la connerie humaine..." sur le forum de la coordination nationale. Ils avaient bien raison.

Naturellement, et comme toujours, ils finirent par gagner. Jacques Chirac fut élu le 5 mai. Le 5 juin, un accord national fixa le tarif de la consultation à... 20 euros, avec effet au 1er juillet. Les sanctions furent annulées, Zorro rangea son fouet. Et tout rentra dans l'ordre. Peu de temps après, l'un des trois héros devint Président du conseil départemental de... l'Ordre. Il l'est encore aujourd'hui et ne s'est pas calmé,  à en juger par son dernier "Billet"...  http://internet.cdm44.org/  Quant à la râclure de chiotte, elle a pris sa retraite il y a bien longtemps. Il lui arrive juste de faire aussi quelques "Billets", en souvenir du "bon vieux temps"...

La consultation du médecin généraliste est passée à 21 euros le 1er août 2006, 22 le 1er juillet 2007 et 23 le 1er janvier  2011...

      ( Presse-Océan. 28 mars 2002)                                                                                            
http://www.lefigaro.fr/argent/2012/09/06/05010-20120906ARTFIG00531-les-revenus-des-medecins-s-envolent-en-2011.php

La belle envolée...

Pour ce qui concerne les généralistes, l'envolée est essentiellement due à l'effet sur année pleine de la revalorisation du tarif de la consultation au 1er janvier. On peut parfois penser qu'un euro, c'est une misère, une aumône faite aux médecins, lorsqu'ils tendent la sébile. Mais enfin, selon le calcul fait par Le Généraliste, "Un euro de plus, c'est 250 millions d'euros en année pleine pour la Sécu et 5 000 euros de plus dans le compte de résultat du praticien". Encore cette "plus-value" correspond-elle à une activité très moyenne, sur la base de 230 jours travaillés et 22 consultations par jour...

Au demeurant, les chiffres donnés sur les revenus des médecins correspondent évidemment à des moyennes, dont le propre est de cacher de grandes disparités, selon la spécialité exercée, le lieu d'exercice et le secteur conventionnel d'activité... "Revenus des médecins, le grand écart", pour reprendre le titre récent de La Croix.
http://www.la-croix.com/Ethique/Medecine/Revenus-des-medecins-le-grand-ecart-_NP_-2013-03-01-916620

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20121030.OBS7534/le-vrai-revenu-des-medecins-ceux-qui-galerent-ceux-qui-abusent.html

Des moyennes confortables...

Mais va pour les moyennes, qui permettent quand même de se faire une idée. Moyenne pour moyenne, voici le revenu salarial annuel moyen des Français, tel que calculé par l'INSEE pour l'année 2010. Ensemble : 19 490 euros (1 624/mois). Cadres : 39 310 euros (3 280/mois). Ouvriers : 14 380 euros (1 198/mois). Employés : 13 230 euros (1 102/mois). A comparer, quand même, avec le revenu  libéral moyen (charges déduites) du médecin généraliste "moyen" : 78 864 euros (6572/mois). Comparaison est quelquefois raison...
http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATSEF04143

Il ne viendra sans doute à personne, même pas à moi, l'idée (iconoclaste...) d'affirmer que c'est trop. Même si tout cela est payé par les cotisations des assurés sociaux, il faut ce qu'il faut. Et il est décent que les médecins gagnent (très) bien leur vie. Mais sont peut-être indécents, surtout par les temps qui courent, ceux qui se plaignent encore. Il en reste quelques-uns... Les mêmes, sans doute, qui ont parfois l'indécence de parler de leur "revenu horaire" ou de faire des comparaisons déplacées avec les plombiers ou les coiffeurs....

P4P : Près de 6 000 euros de plus au titre de 2012...

Une bonne nouvelle qui en appelle une autre... Au titre de 2012, année au 1er janvier de laquelle a été mis en place le "P4P" : Pay for Performance... Ah le merveilleux anglicisme ! La vérité oblige à dire que la CNAMTS n'a jamais employé l'expression. Elle aurait trop fait trop penser, appliquée aux médecins, à Pognon for Praticiens . Ah les mauvais esprits !...

Mais enfin, l'idée est là, qui avait germé en mars 2009, avec le CAPI : Contrat d'amélioration des pratiques individuelles. Un dispositif dans lequel le médecin généraliste s'assure une rémunération supplémentaire, non négligeable, en échange de son engagement à améliorer sa pratique dans divers domaines ciblés : participation à des actions de prévention, qualité de la prise en charge de patients souffrant de maladies chroniques, promotion des prescriptions moins onéreuses... Sur la base du volontariat, ce premier  dispositif, très contesté à l'époque, avait fini par obtenir, au 31 décembre 2009, l'adhésion de quelque 13 000 médecins (30% environ). Pour une "prime" moyenne de 3 000 euros... Un début de "révolution silencieuse" qui, comme l'a dit Claude Le Pen, "introduit pour la première fois une part de rémunération variable indexée sur la performance en dehors du paiement à l'acte".
http://www.viamedis.fr/capi-un-succes-inespere.html

Le coin étant ainsi enfoncé, la convention signée en juillet 2011 a élargi ce dispositif de rémunération à la performance, intitulé cette fois ROSP : Rémunération sur objectifs de santé publique. Avouez que ça a quand même une autre gueule ! Et cette fois, il ne s'agit plus d'adhérer, mais de signifier qu'on n'en veut pas, ce qui change tout. Seulement 6% des médecins généralistes ont "osé" refuser de s'enfermer dans ce système. Chacun a ses raisons et celles de ces opposants méritent le respect. Mais c'est là un débat politique qui vaudrait qu'on y revînt bientôt...

Revenons à l'objet : Pour 2012, un bonus moyen de 5 365 euros par médecin, pouvant atteindre plus de 9 000 euros.  "Juteuse ROSP pour les médecins"... C'est le titre d'Espace social européen du 19 avril 2013. A quoi, il faut ajouter encore la vague substantielle de revalorisations à venir, évaluées à 470 millions d'euros. Au final, conclut ESE, "c'est près d'un milliard d'euros que percevront les médecins libéraux, généralistes notamment, entre l'automne 2012 et la fin 2013. Pas mal, non ?"...

Pas mal, en effet. Les médecins apprécieront. Les assurés aussi. Merci qui ?... Merci, M. Van Roekeghem !

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http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/convention/p4p-5-000-6-000-euros-de-prime-pour-les-generalistes-affirme-l-unof




Activité libérale à l'hôpital public et rapport Laurent. Quel rapport ?...

Mardi 23 avril 2013

Si vous voulez tout savoir (ou presque...) sur les conditions actuelles de l'exercice libéral de la médecine à l'hôpital public, lisez cette excellente et récente Fiche thématique n° 35 du CISS (Collectif interassociatif sur la santé) :
http://www.leciss.org/sites/default/files/35-Exercice%20liberal%20hopital-fiche-CISS.pdf

Cette possibilité, pour un praticien hospitalier à temps plein, d'exercer à titre libéral est aussi vieille que la Vè République, puisqu'elle fut instituée par l'ordonnance, dite "Ordonnance Debré", du 30 décembre 1958 relative à la création de centres hospitaliers et universitaires, à la réforme de l'enseignement médical et au développement de la recherche médicale. Pour assurer l'attractivité de l'hôpital public, il s'agissait d'inciter les praticiens qui exerçaient à l'hôpital mais avaient aussi un cabinet en ville à s'engager à temps plein dans le statut hospitalo-universitaire. Afin que, grâce à eux, les hôpitaux deviennent des pôles de recherche et de soins ouverts à tous les malades.

L'abrogation de ce "secteur privé", source de vives controverses, figurait au programme du candidat Mitterrand en 1981. La loi du 29 octobre 1982 le supprima, tout en le maintenant à titre provisoire jusqu'au 31 décembre 1986. Le temps, pour la Majorité, de changer de camp en mars 1986... La loi du 21 janvier 1987 pérennisa la pratique de l'activité libérale à l'hôpital (sans toutefois rétablir les "lits privés"...),  tout en fixant les règles et limites que l'on connaît aujourd'hui. Une vraie loi de "cohabitation". La démocratie a quand même du bon... Force est d'admettre que la Gauche, revenue au pouvoir, se garda bien d'y revenir. Mais, déjà, ce n'était plus la Gauche...
Il n'empêche que la question revient régulièrement. Non pour une remise en cause, que personne ne réclame, mais une remise en ordre, qu'imposent les dérives. Non-respect des obligations à l'égard de l'hôpital, dépassements d'honoraires parfois exorbitants, tels que ceux relevés par l'IGAS en 2007. Et autres "turpitudes" propres aux mandarins.

L'anecdote Lantieri

Le cas du Pr Laurent Lantieri a récemment marqué l'actualité, en raison de la réputation de ce chirurgien, auteur de la première greffe totale de la face. Du temps où il exerçait à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, il avait "omis" de verser à l'AP-HP la redevance prévue dans le cadre de son exercice privé. Pour un montant de 70 000 euros... Sur décision de l'ARS (Claude Evin...), il est suspendu d'exercice libéral depuis le 1er avril, pour une durée de quatre mois. Sur fond de conflit avec la direction de l'hôpital, il avait délibérément choisi de ne pas payer sa redevance. Et, comme il l'a déclaré au JDD: "Cette activité libérale m'emmerdait...". Dont acte. Mais le problème se situe très au-delà du cas d'une star de la chirurgie réparatrice qui, de toute façon, ne doit pas être à plaindre. Va pour faire un "exemple", si ça doit être utile...

Le rapport Laurent

Sans aucun rapport (ni... jeu de mots), dès le 19 octobre 2012, Marisol Touraine avait confié à Dominique Laurent, Conseillère d'Etat, une mission sur l'activité libérale à l'hôpital public, en complément à la démarche entreprise pour mettre un terme (si l'on peut dire...) aux dépassements abusifs d'honoraires par la médecine de ville (v. précédent Billet ci-dessous). Il en sortit, naturellement, un... rapport, daté du 31 mars 2013. Ce sera donc le Rapport Laurent...
http://www.sante.gouv.fr/rapport-l-activite-liberale-dans-les-etablissements-publics-de-sante.html

Ces Conseillers d'Etat sont des gens formidables. Des machines à pondre des rapports... Nul ne s'en souvient, mais le précédent que commit Mme Laurent, en février 2009, portait sur Le mouvement consumériste en France, à la demande de Luc Chatel. Les Ministres passent, les Conseillers d'Etat demeurent. De quoi nous rassurer... Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, le Purgatoire est  tapissé de rapports et autres Livres blancs tombés aux oubliettes.

"Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent".







http://lci.tf1.fr/science/sante/le-chirurgien-star-lantieri-sanctionne-7827278.html
Le CISS

Le CISS n'y va pas par quatre chemins, dont le communiqué de presse du 9 avril 2013 a pour titre : "Le rapport Laurent propose... de ne rien changer ! ". Il est vrai que Mme Laurent prévient d'emblée toute illusion, dans la présentation générale de son rapport : "Ce secteur est emblématique... Le maintien de l'activité libérale est nécessaire... Les critères existants conservent leur pertinence..." Non sans reconnaître l'existence de dérives et abus, avec de fortes disparités selon les disciplines et les régions et des taux de dépassements parfois exorbitants pouvant atteindre, voire dépasser, 250%. Et non sans admettre la nécessité d'y mettre le holà : "les abus, même s'ils sont peu nombreux et émanent d'une petite minorité, pervertissent le système. Il doit y être apporté un terme dans le but de préserver la pérennité de l'activité libérale, qui exige qu'elle soit irréprochable".

Mais elle estime que les critères existants reposent sur une logique respectueuse de la priorité de l'activité publique. En conséquence, plutôt que de demander la modification profonde de la législation et de la réglementation, "la mission s'est attachée davantage à favoriser la bonne application des textes en vigueur, à développer l'autodiscipline de la profession et à renforcer le rôle des institutions chargées du contrôle et de la sanction des abus..."

Oui mais le contrôle du respect du plafond de 20% de l'activité totale reste du ressort des commissions d'activité libérale (CAL), qui feront des contrôles par sondages. Des commissions qui n'ont ni les moyens, ni peut-être la volonté, de remplir ce type de mission... Oui mais l'idée est rejetée d'une pénalité financière en cas de dépassements excessifs... Oui mais le rapport prévoit de compenser la perte de revenus si l'Assurance maladie venait à plafonner les dépassements d'honoraires à l'hôpital. Remarquez que là, le risque est limité. Déjà qu'elle ne les plafonne pas pour la médecine de ville. Alors, imaginez !...

On comprend mieux ce titre du Quotidien du médecin du 13 avril : "Les médecins libéraux exaspérés par le timide rapport Laurent". Il est vrai qu'il en faut peu pour les exaspérer, eux qui ont choisi l'exaspération comme mode d'expression. Les privilèges les exaspèrent, quand il s'agit des autres...
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/hopital/les-medecins-liberaux-exasperes-par-le-timide-rapport-laurent

Et on comprend aussi la satisfaction de la Fédération hospitalière de France (FHF), comme celle des syndicats de praticiens hospitaliers (SNAM-HP et CMH), qui se félicitent de ce rapport, le jugeant "équilibré et satisfaisant". Ils pouvaient craindre pire, c'est le moins qu'on puisse dire...
http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/hopital/secteur-prive-l-hopital-fhf-et-syndicats-de-ph-satisfaits-du-rapport-laurent 
http://www.leciss.org/espace-presse/communiqu%C3%A9s-de-presse/activit%C3%A9-lib%C3%A9rale-%C3%A0-l%E2%80%99h%C3%B4pital-le-rapport-laurent-propose%E2%80%A6-de-ne-



L'Assurance maladie

Et puis tiens ! Laissez-moi vous montrer que je peux être honnête... Voilà qu'on vient d'apprendre, ça tombe bien, que le montant des dépassements d'honoraires réalisés par les praticiens exerçant en secteur privé à l'hôpital public aurait baissé de 4,5% par rapport à 2011 (de 71 à 67,8 millions d'euros). Ce dont la CNAMTS, évidemment, s'attribue le mérite. On en a l'habitude : Van Roekhegem est une pointure. Ah, ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle Rocky !

Ah, puisque l'on parle de l'Assurance maladie, une petite question. Qui connaît les dispositions de l'article L6154-3 du code de la Santé publique, à propos de chaque médecin concerné : "Les organismes gestionnaires d'un régime de base d'assurance maladie communiquent au directeur et au président de la commission de l'activité libérale mentionnée à l'article L. 6154-5 de l'établissement public de santé dans lequel il exerce les informations sur ses recettes, le nombre de ses consultations et le volume des actes qu'il effectue" ? Une communication dont l'article R. 6154.3 dispose qu'elle doit se faire tous les six mois... Combien de directeurs de Caisse les ont jamais appliquées ? Aurais-je été le seul à ne pas l'avoir fait ?...

Pour l'avenir, s'il est vrai que l'on veuille vraiment changer les choses et remettre de l'ordre, il reste à voir ce que chacun fera pour ce qui relève de lui . L'Assurance maladie se décidera-t-elle à s'intéresser mieux que par le passé à la situation de ces médecins, conventionnés comme les autres ? Le Gouvernement pourra-t-il imposer le changement à des médecins plus puissants que les autres ? C'est loin d'être gagné. Rendez-vous dans dix ans !...
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http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/hopital/baisse-des-depassements-lhopital-public-en-2012

Dépassements d'honoraires : Qui sont les vrais pigeons ?

Samedi 20 avril 2013


 
Lundi 22 octobre 2012, au siège de la CNAMTS. Il est 20h. Les parties à la convention nationale des médecins s'assoient. Pour tâcher de conclure un accord sur la limitation des dépassements d'honoraires. Vaste programme ! On ergote, on mégote, on s'enlise... La nuit s'achève, il est cinq heures, Paris s'éveille. Les travestis vont se raser, les stripteaseuses sont rhabillées. Les banlieusards sont dans les gares, à la Villette on tranche le lard. Mais du côté de Montreuil, rien n'est encore tranché. Et ça va encore durer toute la matinée.

Frédéric van Roekeghem, l'ami qui vous veut du bien, feint de s'inquiéter. Son poste est en jeu. C'est qu'il s'agit d'une promesse de campagne du candidat Hollande. Pas question d'échouer, quitte à sortir le grand jeu et jouer de toutes les ficelles. Comme au poker menteur. Il frappe un grand coup, lève la séance à 13h30 et déclare les négociations rompues. Ah, l'habile homme ! Coup de fil de Marisol Touraine : "Pas question d'en rester là, lâchez ce qu'il faut, l'accord n'a pas de prix !". Il n'attendait que cela. Un coup de sifflet à 15h. : la récréation est finie ! Tiens, c'est curieux, les médecins étaient restés  pas loin...

A 17 heures encore, la France retenait son souffle. J'étais sur le plateau de C dans l'air,  pour un débat sur la question. On attendait impatiemment le bon Dr Michel Chassang, président de la CSMF. In extremis, il arrive, frais comme un gardon (mais comment fait-il donc ?). Le temps de me dire qu'il est ravi de me revoir (???), il annonce que c'est bon. Ouf !!! La France est soulagée, Van Roekeghem est sauvé ! Les médecins aussi...

Mais dis-moi, Marisol, es-tu vraiment certaine qu'il s'agit bien d'un "vrai tournant, un ensemble très positif pour la santé et pour le pouvoir d'achat des Français" ? Nombreux sont ceux qui pensent le contraire. L'un des signataires, le Dr Leicher, président de MG France, fit cet aveu après avoir signé : "Je ne suis pas sûr que les patients soient gagnants dans cette affaire"...
http://www.20minutes.fr/societe/1028672-tarifs-medecins-patients-vont-casquer
http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/depassements-d-honoraires-marisol-touraine-parle-d-un-vrai-tournant-pour-les-francais-7753822950
Une levée de boucliers...

Un spécialiste aussi respectable que Didier Tabuteau, conseiller d'Etat, co-directeur de l'Institut Droit et Santé, directeur de la chaire Santé à Sciences-Po, condamne cet accord sans ambages (v. ci-contre interview sur nouvelobs.com). Un accord qui sanctuarise le secteur 2 et ne fixe aucun plafond pour les dépassements, contrairement au projet initial. Certes, le préambule de l'avenant N° 8 évoque un taux "pouvant servir de repère". De repère seulement, c'est-à-dire sans aucune valeur contraignante ! Et un taux égal à 150% du tarif opposable !!! Ce qui inquiète Claude Le Pen, professeur à Paris-Dauphine, où il dirige le master d'économie de la santé et président du Collège des économistes de la santé : "Alors qu'en 2010 le dépassement d'honoraires moyen était de 20% chez les spécialistes et de 3% chez les généralistes, leur dire qu'ils peuvent monter à 150% va peut-être les inciter à gonfler leurs honoraires"... http://www.20minutes.fr/societe/1028672-tarifs-medecins-patients-vont-casquer. Un article de 20minutes.fr où s'exprime également Marc Morel, directeur du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) : "C'est un très mauvais signal légitimant les dépassements. Les usagers vont être les pigeons dans cette affaire".

Christian Saout était encore président du même CISS à l'époque. Il en remit une couche sur Rue89 : "On remplace la notion de tact et mesure par un seuil lié au critère d'accès à l'aide complémentaire santé. Un signal symbolique pour pratiquer des dépassements au-delà d'un revenu mensuel de 900 euros. C'est très pervers..".
http://www.rue89.com/2012/10/22/depassements-dhonoraires-les-vrais-pigeons-seront-les-patients-236414

Ecoutons encore Didier Tabuteau, sur la question du "contrat d'accès aux soins" pour les médecins du secteur 2 qui s'engageront à limiter leurs honoraires : "Sur la base du volontariat, comme les options de coordination de 2008 et 2011 ! La Caisse nationale d'assurance maladie persiste dans sa logique d'options auxquelles n'adhèrent que les médecins qui y ont intérêt. Et ils pourront chaque année décider d'en sortir. Je doute que cela modifie en pratique la situation de nombreux assurés sociaux...". En plus, pour leurs actes à tarifs opposables, ces médecins bénéficieront des avantages du secteur 1, notamment d'une prise en charge de leurs cotisations sociales : C'est la création d'un secteur "2bis" et non un retour vers le secteur 1 ! ".

Quant aux (très) éventuelles sanctions contre les pratiques tarifaires excessives, lisez l'article 3 de l'avenant N° 8, vous serez édifiés.
http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=20121207&numTexte=21&
Une usine à gaz comme on en a déjà connu, avec ce rôle confié à la Commission paritaire nationale et aux Commissions paritaires régionales. Dites-moi si vous croyez qu'il en sortira jamais quelque chose, au vu de l'expérience des décennies passées...
http://tempsreel.nouvelobs.com/social/20121026.OBS7226/depassements-d-honoraires-tout-est-a-refaire.html
Des Français très majoritairement hostiles...

On comprend mieux l'enthousiasme du Dr Chassang sur RTL : "C'est un accord qui serait, pour la première fois, et c'est historique, unanime au sein du corps médical, puisque tous les syndicats médicaux se sont déclarés signataires du relevé de conclusions...".

Mais on comprend aussi que cet enthousiasme ne soit pas partagé par les Français. Dans un sondage Viavoce pour le CISS publié le 26 octobre 2012, huit Français sur dix ne trouvent pas "normal" que les médecins facturent des dépassements d'honoraires. Pour 36% d'entre eux, tout dépassement est abusif. Et un tiers juge "abusif" tout dépassement au-delà de 50% du tarif de la Sécurité sociale... C'est que les dépassements d'honoraires ont été multipliés par 5 depuis 1980, année de création du secteur 2... Ils dépassent aujourd'hui 2,5 milliards d'euros. On ne voit pas comment cet avenant N° 8 permettrait de les faire baisser, au contraire peut-être. Et, pendant ce temps, les inégalités s'accroissent pour les assurés sociaux, selon là où ils habitent, avec des difficultés croissantes pour trouver un médecin en secteur 1, notamment chez les spécialistes.

Sauf s'ils ont les moyens de se payer une assurance complémentaire et un contrat prenant en charge les dépassements. Mais, là encore, laissons le dernier mot à Christian Saout : "Le privé, ce n'est pas la solidarité nationale, c'est la solidarité catégorielle... On est en train de défaire tout le système de l'après 45. Il n'y a aucune raison que, demain, on ne fasse pas comme aux Pays-Bas, où les complémentaires sont devenues le régime de base. Et le comble, c'est que ce changement de nature de l'Assurance maladie ne passe pas par le Parlement, mas par une simple négociation conventionnelle...".

Ainsi vont les choses, par les temps qui courent...

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Fraudes : Petit addendum au Billet précédent...

Jeudi 18 avril 2013




Voilà ce que c'est ! Vous citez quelques Caisses en exemple, parmi bien d'autres, et vous faites des jaloux chez ceux qui ne sont pas cités... Dans mon Billet d'hier, je mettais en avant les Unes de la presse consacrées au Val-de-Marne, aux Yvelines et à l'Ain. Que les autres veuillent bien me pardonner.

Mais je veux bien faire un dernier effort, avant de passer à autre chose. Voici donc, en rattrapage, un dernier exemple, celui de la Savoie...

J'en profite pour remercier et recommander mes camarades Gérard Bieth (Annuaire Sécu) http://www.annuaire-secu.com//

et Bernard Dujardin (Pages Sécu) https://sites.google.com/site/pagesecu/,

grâce auxquels on sait tout ce qui se passe à la Sécu et autour d'elle et que je pille effrontément.

Le présent et modeste Blog a un objet tout autre, beaucoup plus limité, nettement moins consensuel. Chacun l'a bien compris, qui mesure ce que la polémique implique, parfois, de mauvaise foi. Surtout aux yeux de ceux qui ne partagent pas les mêmes opinions... en toute bonne foi.




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http://www.ledauphine.com/savoie/2013/04/18/plus-de-520-000-de-fraudes-detectes-par-la-cpam-en-2012-nxzx

Fraudes à la Sécu. Petite piqûre de rappel...

Mercredi 17 avril 2013

Oui, je sais. Ce qui est ennuyeux, chez les vieux, c'est que beaucoup radotent un peu. Il paraît que certains radotent même beaucoup... Comment, que dites-vous ? Non, je ne vous dirai pas comment moi je le sais. Y'en a même qui se posent en donneurs de leçons, tant c'était mieux du temps qu'ils étaient jeunes... Alors promis, je vais faire un effort. Ne pas vous infliger, dans ces billets d'humeur à balles perforantes et d'humour à deux balles, une nouvelle version des Mémoires d'outre-tombe

Alors prenons, au hasard, le cas de la lutte contre les fraudes à la Sécu. Dans l'Assurance maladie, en tout cas. (Ailleurs, je ne sais pas...). Et là, vous voyez bien, c'est maintenant que c'est mieux. Regardez ci-dessous quelques exemples parmi de  nombreux autres. C'est à qui communiquera le mieux sur le combat qu'il mène et les résultats qu'il obtient sur son tableau de chasse. Ah, ça nous change un peu !
http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/2-meur-de-fraude-a-la-secu-en-2012-14-12-2012-2406219.php




http://www.leparisien.fr/yvelines-78/l-assurance-maladie-traque-les-fraudeurs-11-04-2013-2716451.php
La CNAMTS n'est pas en reste, dont le dernier rapport complet sur le sujet (127 pages, pas moins) http://www.securite-sociale.fr/IMG/pdf/bilan2010-cnamts-lutte-fraudes.pdf porte sur l'année 2010 : "Plus de 155 millions d'euros de fraudes et d'activités fautives et/ou abusives ont été détectées et stoppées. Ce montant témoigne de la poursuite de la mobilisation de l'assurance maladie..." Avec ce titre impressionnant : La lutte contre la fraude, une priorité de l'assurance maladie. Bravo !

Le temps paraît loin où, en novembre 2005, de petits marquis de l'audit général de la même Caisse nationale stigmatisait le directeur d'une CPAM de la "côte ouest", dans un rapport assassin : "Dans sa stratégie locale, la Caisse privilégie le contrôle. Ce faisant, elle s'inscrit dans une logique distincte de celle du niveau national, dont elle risque de troubler la lisibilité..." Ils ont sûrement été virés depuis. Quant au directeur incriminé, il a démissionné quelques mois plus tard. Complètement écoeuré. Marguerite Yourcenar le disait, dans Mémoires d'Hadrien : "C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt"...

Il y fallut une loi...

C'était du temps où la CNAMTS écrivait, dans un Point d'information mensuel : "Les fraudes à l'assurance maladie existent, mais demeurent marginales" et  délivrait son credo dans sa Lettre du projet d'entreprise : "La réussite de la réforme nécessite de maintenir un climat relationnel positif avec les professionnels de santé. Les actions doivent être positionnées dans une recherche de dialogue et de partenariat. Il s'agit d'encourager les bonnes pratiques, avant de sanctionner, le cas échéant (sic) les abus et les fraudes." On appréciera, naturellement, la saveur de ce " cas échéant" ... Quand on sait que l'essentiel des fraudes est le fait des professionnels de santé, puisqu'après tout ce sont eux les ordonnateurs de la dépense et les auteurs des factures, quand on sait que dès que l'on incrimine l'un d'eux et que cela se sait, on est immédiatement accusé de jeter l'opprobre sur l'ensemble de la corporation (combien de fois ai-je lu ou entendu cela!...), on comprend mieux pourquoi la réserve était de mise, les pincettes de rigueur. Une époque où la qualité du directeur se mesurait à l'excellence de ses relations avec le corps médical. Ce qui, au fond, n'a rien de difficile...

Il fallut donc une loi et pas moins, celle du 19 décembre 2005, pour introduire l'obligation suivante : "les directeurs des organismes de sécurité sociale... sont tenus, lorsqu'ils ont connaissance d'informations ou de faits pouvant être de nature à constituer une fraude, de procéder aux contrôles et enquêtes nécessaires... (article L114.9 du code de la sécurité sociale). Vous avouerez que c'est tout de même un comble !

L'année suivante, un décret du 23 octobre 2006 créa le Comité national de lutte contre la fraude en matière de protection sociale, chargé d'assurer une coordination des politiques et des actions de lutte contre la fraude dans le domaine concerné et sur l'action duquel le Premier ministre s'est récemment exprimé, le 11 février 2013 : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/declaration-de-jean-marc-ayrault-a-l-issue-du-comite-national-de-lutte-contre-la-fr

Dans l'entretemps, la CNAMTS -sentant le vent tourner- avait créé une direction nationale de la répression des fraudes, et ne tarda pas à se gausser d'un bilan mirobolant, comme elle sait bien le faire. Dès le 26 octobre 2007, l'excellent Dr Pierre Fender, en charge de ladite direction, se fendit d'un bulletin de victoire : "La fraude souterraine ne peut pas être largement supérieure à ce que nous ratissons". (Espace Social Européen). Ah, évidemment, s'il ne s'agit que de ratisser ! Il a dû réaliser, depuis lors, qu'il ne s'agit pas de jardiner, mais de creuser. Et que, plus on creuse, plus il faut creuser. Sans doute a-t-il fini par découvrir la théorie de l'iceberg...

Enfin quoi, ne boudons pas notre plaisir. On avance tout doucement. Mais on avance. Même si le retard n'est pas facile à rattraper. De ce point de vue,  je prends la liberté d'adresser une petite mise au point à mon ex-collègue et ex-ami Filiberti (c'est fou ce que j'ai comme "ex-amis" depuis que je suis en retraite...). Dans l'article cité plus haut, tu déclares, mon cher Gilles : "Depuis deux ans et la dématérialisation des actes, nous sommes capables de trouver rapidement les remboursements qui dépassent la norme. Avant, nous jetions  nos filets plus ou moins au hasard..." Mais non, Gilles, tu sais bien que c'est faux. La dématérialisation n'y est pour rien. Feuilles de soins "papier" ou pas, Le Système informationnel de l'assurance maladie (SIAM), ancêtre d'ERASME et formidable base de données sur tout ce que rembourse et paie l'assurance maladie, a été mis en place dans les caisses à la fin des années 80, après avoir été autorisé par la CNIL dans un avis du 22 avril 1988. Cela faisait donc plus de vingt ans -et pas deux- que l'on pouvait agir pour détecter les comportements déviants. Encore eut-il fallu que l'envie nous en vînt, que le courage nous prît. Sans avoir peur de ne pas être "bien vus"...

Encore un effort, camarades !...

Il n'y a pas si longtemps, quelques affaires ont montré qu'il restait bien des efforts à faire. Lorsque des scandales éclatent, dévoilant des exactions ayant prospéré pendant plusieurs années avant d'être enfin découvertes. Pour ne prendre que deux exemples, voyez le cas de cette infirmière de Condé-sur-l'Escaut (Ain), qui roulait sur l'or et menait grand train, avec des revenus annuels de 400 000 euros et une fraude évaluée à 700 000 euros sur les trois seules dernières années : http://www.francesoir.fr/actualite/sante/fraude-l-infirmiere-menait-vie-chateau-160227.html. Pourquoi la Caisse a-t-elle laissé l'affaire prospérer si longtemps et mis aussi longtemps à s'en apercevoir ?

Ou encore celui des trois médecins messins prescrivant impunément, pendant plusieurs années, des dizaines de milliers de boîtes de Subutex et de Skénan, remboursées sans ciller par une caisse "frappée de cécité", comme l'ont dit les journaux. Des comprimés revendus par boîtes entières très au-delà du marché mosellan, à travers la France, en Allemagne et jusqu'au Maghreb. Un préjudice estimé à 2 millions d'euros depuis 2010, si l'on en croit le Républicain lorrain http://www.republicain-lorrain.fr/moselle/2013/03/16/metz-les-trois-generalistes-n-ont-plus-le-droit-d-exercer. Pas étonnant que la Moselle soit classée comme le premier département français pour le nombre de boîtes vendues de Subutex pour 100 habitants (Observatoire français des drogues et des toxicomanies). N'était-ce pas une raison de plus pour que la Caisse exerçât une vigilance impitoyable et mît en place le programme adéquat ? On se croirait encore en octobre 2003, lorsqu'un directeur de Caisse fit, une fois de plus, la une des médias en publiant un pavé dans la mare intitulé Subutex : La grande illusion... Qui s'en souvient encore ? (L'ouvrage est épuisé , autant que son auteur). Vanitas vanitatum...

A Nantes, tout va bien, merci...

Ah, j'allais oublier. La Loire-Atlantique fait partie des départements qui ne publient pas de bilan sur leur lutte contre la fraude et les résultats obtenus. Depuis plus de six ans maintenant, les lecteurs d'Ouest-France ou de Presse-Océan ressentent une grande frustration (et les médecins une intense satisfaction...). Tandis que les journalistes locaux se morfondent, désoeuvrés. Pas la moindre "affaire" à se mettre sous la dent ! L'un d'eux m'a confié, un tantinet nostalgique, mais un brin sceptique sur sa propre interprétation, que le précédent directeur avait dû inspirer chez les uns et les autres un tel sentiment de terreur qu'ils en trembleraient encore, les dissuadant à tout jamais de se mettre hors des clous... Voilà bien, pourtant, la seule explication possible. Peut-être que, finalement, Yourcenar se trompait. On peut toujours rêver !...



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Cahuzac : Généraliste en secteur 1. Une affaire tirée par... les cheveux.

samedi 13 avril 2013, 11:03

Cerise sur le gâteau : Le Monde nous apprend que, depuis au moins 1990, le bon docteur Cahuzac est inscrit dans les fichiers de l'Assurance maladie en qualité de médecin généraliste conventionné secteur 1. Sur sa plaque de marbre noir, rue Clément-Marot à Paris, près des Champs-Elysées, figurait la seule mention "Dr Cahuzac", avant qu'elle soit dévissée, en 2012. Naturellement, la mention du secteur d'activité n'y figurait pas, qui est pourtant obligatoire.

Et pour cause... Comme chacun le sait maintenant, cet éminent médecin fut d'abord spécialisé en chirurgie et inscrit comme tel au tableau du conseil de l'Ordre, puis se lança rapidement dans l'activité de "spécialiste des implants capillaires", aux tarifs aussi libres qu'élevés. Avec, nous dit-on, des paiements en espèces sous le manteau pour deux cheveux sur trois... A vous faire dresser les cheveux sur la tête.

On voit bien, en tout cas, que ce brave praticien n'a jamais exercé en qualité de médecin généraliste à des tarifs conventionnels qui ne sont pas aussi misérables que d'aucuns le prétendent, mais qui ne lui auraient tout de même pas permis de planquer des fortunes en Suisse ou à Singapour...

En revanche, puisque, décidément, il n'y a pas de petit profit, cette fiction a conduit l'Assurance maladie, manifestement sans aucun contrôle pendant vingt ans, à prendre en charge une large partie des cotisations sociales de ce nécessiteux, y compris  pour sa retraite complémentaire. Même sur une base forfaitaire, il touchera pendant sa retraite au moins 15 000 euros de plus par an grâce à cette "astuce", selon un calcul du Parisien. Aux frais des assurés sociaux, bien évidemment, qui ne sont plus à ça près, en ont vu et en verront d'autres ! Dans un système où tout est bon pour les médecins libéraux, pourvu que ce soient les assurés qui paient.

Il est vrai que le docteur Cahuzac n'est pas du genre à se prendre la tête avec ce genre de détails. Marianne nous apprend, cette semaine, qu'entre juin 2002 et novembre 2004, il a employé au noir et payé au lance-pierre une femme de ménage d'origine philippine sans autorisation de travail. Ce dont il fut reconnu coupable, le 9 novembre 2007, par la 31è chambre du tribunal de grande instance de Paris, mais... avec dispense de peine, sans inscription au casier judiciaire... Il s'en est fallu d'un cheveu.

Mais ne coupons pas les cheveux en quatre et revenons à cette affaire de secteur 1. Le Monde s'interroge, avec une naïveté sans doute feinte, sur le rôle de l'Assurance maladie et son absence de contrôle, en cette affaire comme en d'autres. Mais il paraît que, dans un salutaire bien que tardif sursaut, la CPAM de Paris aurait trouvé une cinquantaine de cas similaires, avec des médecins sans activité, dont elle prend quand même en charge une bonne partie des cotisations. Rien qu'à Paris. Mais qu'en est-il ailleurs ?

On se prend à espérer :  il paraît que sur son site Ameli la CPAM va modifier la fiche du Dr Cahuzac. On est impatient de voir comment et en quels termes... Et de connaître, surtout, les suites judiciaires, ordinales et conventionnelles qui seront données. Si j'avais l'impudence de donner un conseil à mon ancien collègue et ami Pierre Rousseau, directeur de la CPAM de Paris, je lui dirais : dépose plainte pour déclaration mensongère et obtention d'avantages indus. Obtiens sa condamnation par le conseil de l'Ordre des médecins. Engage une procédure en récupération des sommes indûment versées. Déconventionne immédiatement le Dr Cahuzac. Fais en sorte qu' il ne perçoive jamais ce qui serait scandaleux qu'il perçût un jour.

Tu auras au moins, à n'en pas douter, le soutien de Claude Evin, directeur de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, dont Cahuzac était l'un des conseillers en 1990, au ministère de la Santé, juste avant qu'il crée sa société Cahuzac Conseil, pour devenir ... conseiller de grands laboratoires pharmaceutiques...

Et puis, ne te contente pas de frapper un homme déjà à terre, dont il va être facile d'obtenir la condamnation qu'il mérite. Saisis l'occasion par les cheveux, ne les coupe pas en quatre. Profites-en pour t'en  prendre à ceux de ses confrères qui, pour ne pas être ministres ou anciens ministres, n'en sont pas moins, eux aussi, des  margoulins. Et qui continuent à prendre la Sécu pour une vache à lait. Même et surtout si l'on veut croire qu'ils sont une infime minorité. Raison de plus... Et même si tu dois être accusé de jeter l'opprobre sur une corporation et l'ensemble des médecins qui la composent.

Je sais que tu sais de quoi je parle. Même si je me mêle de ce qui ne me regarde plus. Cela fait un moment que j'ai cessé de m'arracher les cheveux...






Lire l'article du Monde

cf@secusante.fr