
Chaque année en France, plus de 180 000 patients sont hospitalisés pour insuffisance cardiaque et plus de 120 000 pour accident vasculaire cérébral. Ces chiffres, comme le documente Santé publique France dans son bilan 2025, rappellent l’urgence vitale de disposer d’un défibrillateur accessible rapidement lors d’un arrêt cardiaque. Pour les collectivités territoriales, l’équipement en défibrillateurs automatisés externes n’est plus une option mais une obligation strictement encadrée.
Le cadre juridique applicable aux mairies repose sur plusieurs textes successifs. Si le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 a posé les premières bases, le décret n° 2025-1167 publié au Journal Officiel impose désormais des seuils de capacité précis et une condition de durée d’implantation supérieure à trois mois pour les établissements recevant du public. Cette évolution réglementaire oblige les élus locaux à vérifier immédiatement la conformité de leurs installations existantes ou à planifier un équipement dans les délais imposés.
Au-delà de l’achat de l’appareil, quatre obligations techniques structurent la mise en conformité : l’implantation accessible en permanence, la signalétique normalisée, la maintenance rigoureuse et la responsabilité juridique clairement établie. Chacune de ces dimensions comporte des critères précis et des pièges fréquents que les collectivités doivent anticiper pour garantir à la fois la sécurité des citoyens et la sérénité juridique des responsables communaux.
Vos 4 obligations DAE mairie pour une conformité immédiate :
- Équipement obligatoire si votre mairie ou vos équipements communaux (salles des fêtes, gymnases) sont classés ERP catégorie 1 à 4 ou catégorie 5 avec capacité spécifique
- Implantation accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, y compris en dehors des horaires d’ouverture de la mairie
- Signalétique normalisée conforme à l’arrêté du 29 octobre 2019 avec pictogramme universel et fléchage visible depuis chaque entrée
- Maintenance préventive documentée avec registre de suivi, vérification trimestrielle minimale et gestion rigoureuse des consommables
Qui est concerné par l’obligation d’installer un DAE ?
La première question que se posent les élus locaux porte sur le périmètre exact de l’obligation. Le décret initial de 2018 visait les établissements recevant du public de catégories 1 à 4, soit ceux accueillant respectivement plus de 1 500 personnes, entre 701 et 1 500 personnes, entre 301 et 700 personnes, et enfin jusqu’à 300 personnes. Depuis décembre 2025, le texte a été complété pour inclure certains ERP de catégorie 5 sous conditions de durée d’implantation et de capacité d’accueil.
Pour une commune, cela signifie concrètement que l’hôtel de ville principal, les salles polyvalentes accueillant des événements publics réguliers, les gymnases municipaux, les piscines communales et les complexes sportifs entrent presque systématiquement dans le champ d’application. Même une mairie de petite commune rurale peut être concernée si elle gère une salle des fêtes capable d’accueillir plus de cinquante personnes lors de manifestations régulières. Les obligations applicables aux dae pour mairie imposent ainsi de dresser un inventaire précis de tous les bâtiments communaux ouverts au public avant de déterminer les points d’installation prioritaires.
Les mairies annexes et antennes de quartier constituent une zone grise fréquente. Si l’antenne fonctionne uniquement quelques heures par semaine avec un accueil limité, l’obligation peut ne pas s’appliquer strictement. En revanche, dès que l’annexe héberge des activités associatives, des permanences de services sociaux ou des événements publics récurrents, elle bascule dans la catégorie ERP et doit être équipée.
Votre mairie est-elle concernée par l’obligation DAE ?
- Hôtel de ville ou salle polyvalente accueillant régulièrement plus de 50 personnes :
OUI — Obligation d’équipement DAE. Prévoir installation avec accessibilité permanente et signalétique conforme.
- Gymnase municipal, stade couvert, piscine publique :
OUI — Obligation renforcée. Les équipements sportifs sont des zones à risque cardiaque élevé et nécessitent un DAE prioritaire.
- Mairie annexe ouverte moins de 10 heures par semaine, sans activité associative :
NON obligatoire en théorie — MAIS fortement recommandé pour la sécurité des agents et des citoyens lors des permanences.
- Gare routière communale, halte transport public :
OUI — Infrastructure de transport soumise à obligation DAE selon le décret 2018-1186 complété en 2025.
Cette clarification du périmètre d’application permet aux élus de prioriser les équipements selon l’urgence réglementaire et le risque d’usage. Un gymnase municipal accueillant des manifestations sportives hebdomadaires présente un niveau de risque cardiaque élevé justifiant un équipement prioritaire, tandis qu’une antenne administrative ouverte deux matinées par semaine peut relever d’un équipement volontaire non-prioritaire.

Décret 2025-1167 : le cadre légal mis à jour
Le décret du 5 décembre 2025 complète le dispositif initial de 2018 en introduisant une condition de durée d’implantation supérieure à trois mois et des seuils de capacité affinés selon la nature de l’établissement. Cette évolution oblige les collectivités à réévaluer régulièrement leur parc immobilier et à adapter leur équipement en fonction des évolutions d’usage des bâtiments communaux.
Obligation n°1 : Implantation accessible 24 heures sur 24
L’erreur la plus fréquemment constatée lors des contrôles de conformité porte sur l’accessibilité permanente du défibrillateur. Placer l’appareil dans le bureau du secrétariat général, dans une salle de réunion fermée à clé en dehors des heures d’ouverture ou dans un local technique réservé aux agents rend l’installation totalement non-conforme. Un arrêt cardiaque survenant lors d’un événement en soirée, un samedi matin ou un dimanche après-midi doit permettre à toute personne présente de récupérer immédiatement le DAE sans avoir à chercher une clé ou à forcer une porte.
Erreur fréquente : le DAE inaccessible la nuit
Les audits de conformité révèlent que dans une majorité d’installations communales, le défibrillateur se trouve en zone fermée en dehors des horaires d’ouverture. Cette configuration expose la collectivité à une double responsabilité : non-respect de l’obligation réglementaire lors d’un contrôle, et mise en cause pénale potentielle en cas d’accident cardiaque sans possibilité d’utiliser le DAE présent mais inaccessible.
Les emplacements conformes privilégient trois configurations. La première consiste à installer une armoire extérieure sécurisée, fixée sur le mur de façade de la mairie, protégée des intempéries et des variations de température mais accessible jour et nuit sans clé. La deuxième solution repose sur un hall d’entrée ouvert en permanence, équipé d’un système de contrôle d’accès mais jamais verrouillé, permettant à quiconque d’entrer récupérer le défibrillateur. La troisième approche, plus rare, implique une armoire vitrée à bris de glace placée dans un passage public couvert attenant à la mairie.
Au-delà de l’accessibilité horaire, l’emplacement doit garantir une visibilité immédiate et un accès en moins de trois minutes depuis n’importe quel point de l’établissement. Pour une salle des fêtes de grande capacité, cela peut nécessiter deux points d’installation distincts afin de respecter ce délai critique. La proximité des zones à risque cardiaque élevé constitue également un critère de bon sens : dans un complexe sportif, positionner le DAE à l’entrée des vestiaires ou au pied des gradins offre une meilleure efficacité que de le placer à l’accueil administratif situé à cent mètres du gymnase.

Obligation n°2 : Signalétique normalisée et fléchage
L’arrêté du 29 octobre 2019 a mis fin à l’hétérogénéité des panneaux de signalisation en instaurant un pictogramme unique pour tous les DAE installés en France. Ce pictogramme représente un cœur brisé traversé par un éclair avec une croix blanche, le tout sur fond vert. Les obligations de signalétique fixées par l’arrêté du 29 octobre 2019 imposent d’apposer une affiche conforme à chaque entrée de l’établissement, d’indiquer le chemin d’accès au moyen de panneaux de fléchage en nombre suffisant, et de maintenir une étiquette visible directement sur le boîtier ou à proximité immédiate de l’appareil.
La dimension minimale du pictogramme principal doit atteindre 20 centimètres sur 20 centimètres pour être visible à distance. Pour une mairie disposant de trois entrées distinctes — entrée principale, accès services techniques, entrée salle des mariages — chaque porte doit afficher l’information de présence du DAE. Si le défibrillateur se trouve à plus de vingt mètres de l’entrée, des panneaux intermédiaires jalonnent le parcours pour guider toute personne vers l’emplacement exact sans hésitation ni recherche.
La hauteur de pose des panneaux se situe idéalement entre 1,50 mètre et 1,80 mètre, dans le champ de vision naturel d’un adulte debout. La visibilité nocturne constitue un critère souvent négligé : si le DAE est accessible la nuit mais que la signalétique reste invisible faute d’éclairage, l’installation perd son efficacité. L’utilisation de matériaux réfléchissants ou l’installation d’un éclairage de sécurité permanent près des panneaux résout cette difficulté. Une signalétique claire permet non seulement la conformité réglementaire mais surtout l’utilisation d’un défibrillateur en urgence par tout citoyen présent sans formation préalable.
Checklist signalétique conforme (arrêté 2019)
- Pictogramme normalisé visible : cœur brisé avec éclair et croix blanche sur fond vert, dimension minimale 20 cm × 20 cm
- Indication « DAE » lisible en lettres capitales sur chaque panneau
- Affiche de signalisation apposée à chaque entrée de l’établissement (modèle annexe 1 de l’arrêté)
- Panneaux de fléchage installés depuis l’entrée principale vers l’emplacement du DAE si distance supérieure à 20 mètres
- Hauteur de pose des panneaux comprise entre 1,50 mètre et 1,80 mètre pour visibilité optimale
- Visibilité nocturne garantie par éclairage permanent ou matériau réfléchissant

Obligation n°3 : Maintenance préventive et registre de suivi
Disposer d’un défibrillateur ne suffit pas si l’appareil se révèle défaillant le jour d’une urgence vitale. Les consommables — électrodes adhésives et batterie — possèdent une durée de vie limitée. Les électrodes perdent leur capacité de conduction après dix-huit à trente mois selon les fabricants, tandis que les batteries lithium s’épuisent progressivement même sans utilisation. Un DAE dont les électrodes sont périmées depuis six mois ou dont la batterie affiche un niveau critique ne délivrera aucun choc salvateur lors d’un arrêt cardiaque.
La réglementation impose la tenue d’un registre de suivi documentant chaque vérification, chaque remplacement de consommable et chaque intervention technique. Ce registre doit mentionner la date du contrôle, l’identité de la personne ayant effectué la vérification, l’état constaté de l’appareil, le niveau de charge de la batterie, la date de péremption des électrodes, et toute anomalie détectée. En pratique, une vérification mensuelle constitue le minimum recommandé pour les collectivités soucieuses d’une maintenance préventive rigoureuse, même si une fréquence trimestrielle peut être tolérée dans certains contextes.
Au-delà des consommables internes, l’armoire de protection extérieure nécessite un contrôle régulier. Les variations de température, l’humidité, les tentatives de vandalisme ou simplement l’usure du joint d’étanchéité peuvent compromettre l’intégrité du boîtier. Certains modèles d’armoires intègrent un système d’alarme sonore qui se déclenche lors de l’ouverture, alertant ainsi les agents communaux en cas d’utilisation ou de tentative d’intrusion. Vérifier le fonctionnement de cette alarme fait partie intégrante de la routine de maintenance.
La formation en santé et sécurité des agents communaux renforce la chaîne de secours et la confiance face à l’urgence. Même si aucune obligation légale stricte n’impose la formation PSC1 pour les agents, une collectivité responsable planifie des sessions régulières permettant à plusieurs agents de maîtriser les gestes de premiers secours et l’utilisation du défibrillateur. Cette démarche proactive réduit considérablement le délai d’intervention et augmente les chances de survie en cas d’arrêt cardiaque survenant dans l’enceinte de la mairie ou lors d’un événement public.
Obligation n°4 : Responsabilité et protection juridique
La question de la responsabilité juridique suscite fréquemment des interrogations chez les élus locaux. Le maire, en tant qu’autorité de police administrative, porte la responsabilité de l’équipement, de la maintenance et de l’accessibilité du DAE dans les établissements communaux. Si un arrêt cardiaque survient dans la salle des fêtes lors d’un événement public et que le défibrillateur installé se révèle non-fonctionnel faute de maintenance, ou inaccessible faute de respect des règles d’implantation, la responsabilité administrative et potentiellement pénale du maire peut être engagée.
À l’inverse, toute personne utilisant un défibrillateur de bonne foi bénéficie d’une protection juridique totale. Le principe du bon samaritain, inscrit dans le droit français, exclut toute poursuite contre un citoyen ayant tenté de porter secours en utilisant un DAE, même si la manipulation n’a pas été parfaite ou si le choc n’a finalement pas sauvé la victime. Cette protection découle également de la conception même des défibrillateurs automatisés : l’appareil analyse le rythme cardiaque de la victime et ne délivre un choc électrique que si une fibrillation ventriculaire est détectée. Il est techniquement impossible de choquer une personne dont le cœur bat normalement, ce qui élimine le risque d’erreur dramatique.
Au-delà de l’installation et de la maintenance, les collectivités doivent déclarer chaque DAE sur la base nationale géoréférencée gérée par le ministère de la Santé. Cette déclaration permet aux services d’urgence — SAMU, pompiers — de localiser instantanément le défibrillateur le plus proche lors d’un appel pour arrêt cardiaque. La géolocalisation du parc national de DAE constitue un levier majeur d’amélioration du taux de survie en zone rurale, où les délais d’intervention des secours médicalisés peuvent dépasser quinze minutes.
L’installation d’un défibrillateur s’inscrit dans une politique plus large de prévention des risques au travail au sein des collectivités territoriales. La sécurité des agents communaux, des élus et des citoyens fréquentant les équipements publics repose sur une approche globale combinant équipements de sécurité, formation continue et culture de la prévention ancrée dans les pratiques quotidiennes.
Vos questions sur la responsabilité et l’utilisation DAE
Qui est responsable si le DAE ne fonctionne pas lors d’un arrêt cardiaque ?
Le maire ou le responsable de l’établissement recevant du public engage sa responsabilité administrative, et potentiellement pénale, si le défibrillateur n’est pas entretenu correctement ou reste inaccessible en permanence. La tenue rigoureuse d’un registre de maintenance à jour constitue la preuve de diligence en cas de contrôle ou d’accident.
Peut-on être poursuivi si on utilise mal le défibrillateur ?
Non. La loi protège tout citoyen qui utilise un DAE de bonne foi, conformément au principe du bon samaritain. De plus, le défibrillateur automatisé analyse le rythme cardiaque de la victime et ne délivre un choc électrique que si une fibrillation est détectée, rendant l’erreur médicale quasiment impossible.
La formation PSC1 est-elle obligatoire pour les agents communaux ?
Non, elle n’est pas obligatoire sur le plan réglementaire, mais elle est vivement recommandée. Former plusieurs agents aux gestes de premiers secours renforce la chaîne de secours et la confiance des intervenants face à une urgence vitale. Une collectivité responsable planifie des sessions régulières pour maintenir cette compétence à jour.
Faut-il déclarer le DAE quelque part après installation ?
Oui. Tout défibrillateur doit être enregistré sur la base nationale géoréférencée pour permettre aux services d’urgence de le localiser rapidement lors d’un appel pour arrêt cardiaque. Cette déclaration s’effectue en ligne et constitue une obligation légale complémentaire à l’installation physique.
Le tableau ci-dessous synthétise les quatre obligations et les erreurs fréquentes à éviter.
| Obligation | Texte de référence | Critère de conformité | Erreur fréquente à éviter |
|---|---|---|---|
| Équipement obligatoire | Décret 2018-1186 + 2025-1167 | ERP cat. 1-4 + salles fêtes/gymnases cat. 5 sous conditions | Croire que toutes les petites mairies sont exemptées automatiquement |
| Implantation accessible | Réglementation ERP | Accessible 24/7, visible, accès < 3 min | Placer le DAE dans un local fermé la nuit ou le week-end |
| Signalétique normalisée | Arrêté 29/10/2019 | Pictogramme normalisé + fléchage visible depuis chaque entrée | Utiliser une ancienne signalétique non-conforme ou oublier le fléchage intermédiaire |
| Maintenance préventive | Obligation ERP | Registre + vérif. trimestrielle min. + consommables à jour | Oublier le remplacement des électrodes périmées ou négliger le registre |
Points de vigilance réglementaire
Ce guide présente le cadre réglementaire national applicable en 2026 et ne remplace pas une consultation juridique adaptée à votre situation spécifique. Les obligations peuvent varier selon la catégorie ERP de votre mairie et les arrêtés préfectoraux locaux. Il est recommandé de vérifier les textes en vigueur sur legifrance.gouv.fr avant toute décision d’installation.
Risques identifiés : Risque de sanction administrative en cas de non-conformité lors d’un contrôle ERP. Risque de responsabilité pénale du maire en cas d’accident si le DAE est absent ou non-fonctionnel dans un établissement soumis à obligation. Risque d’inefficacité du défibrillateur si la maintenance n’est pas rigoureuse (électrodes périmées, batterie vide).
Pour toute question spécifique concernant votre situation administrative, consultez votre préfecture (service réglementation ERP), un bureau de contrôle agréé, ou un avocat spécialisé en droit administratif.